‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 208 sur 245 · A. C. D'ôtre obligt^ de vivre dans la province · texte numérisé non relu

A. C. D'ôtre obligt^ de vivre dans la province

billets de banque et cent mille écus d'argent;* je me trouve dans une situation affreuse; je me suis cru riche et me voilà à l'hôpital; au moins si j*avois seulement une petite terre où je puisse me retirer, je serois sûr d'avoir de quoi vivre ; mais je n'ai pas grand comme ce chapeau de fonds de terre.

Je tournai par hasard la tête d'un autre côté, et je vis un autre homma qui faisoit des grimaces de possédé. A qui se fier désormais? s'écrioit-il. Il y a un traître, que je croyois si fort de mes amis, que je lui avois prêté mon argent, et il me Ta rendu 1 Quelle perfidie horrible! Il a beau faire : dans mon esprit, il sera toujours déshonoré.*

Tout près de là étoit un homme très-mal vêtu qui, élevant les yeux au ciel, disoit : Dieu bénisse les projets de nos ministres! Puissé-je voiries actions* à deux mille,* et tous les laquais de Paris plus riches que leurs maîtres ! J'eus lacuriosité de demander son nom. C'est un homme extrêmement pauvre, me dit-on ; aussi a-t-il un pauvre métier : il est généalogiste, et il espère que son art rendra, si les fortunes continuent, et que tous ces nouveaux riches auront besoin de lui pour réformer leur nom, décrasser leurs ancêtres, et orner leurs carrosses ; il s'imagine qu'il va faire autant de gens de qualité qu'il voudra; et il tressaillit' de joie de voir multiplier ses pratiques.

1. On ne payait plus les billets de banque, et il fallait donner au trésor son argent au pair d*un papier déprécié. V. inf., lettre CXUI.

2. Le papier déprécié, mais gardant légalement sa valeur nominale, permettait au débiteur de ruiner le créancier en le remboursant avec aa vain chiffon. Aussi dit-on qu*on vit, rue Quiacampoix , un créancier tirer répée contre le débiteur qui Tavait remboursé. V. Mémoires de MaUiicu Marais, t. I, p. 453.

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