De sa propre grandeur, manque dans A. et dans C
Les historiens d'Italie vous représentent une nation autrefois maîtresse du monde, aujourd'hui esclave de toutes les autres; ses princes divisés et foibles, et sans autre attribut de souveraineté qu'une vaine politique.
Voilà les historiens des républiques : de la Suisse, qui est l'image de la liberté; de Venise, qui n'a de ressources qu'en son économie; et de Gênes, qui n'est superbe que par ses bâtiments.
Voici ceux du Nord, et entre autres delà Pologne, qui use si mal de sa liberté et du droit qu'elle a d'élh-e ses rois, qu'il semble qu'elle veuille consoler par là les peuples ses voisins, qui ont perdu l'un et l'autre.
Là-dessus, nous nous séparâmes jusqu'au lendemain.
De Paris, le 2 de la lune de chalval, 1719.
RICA AU MÊME
Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet. Ce sont ici les poètes, me dit-il, c'est-à-dire ces auteurs dont le métier est de mettre des entraves au bon sens, et d'accabler la raison sous les agréments, comme on ensevelissoit autrefois les femmes sous leurs ornements et leurs parures.^ Vous les connoissez; ils ne sont pas rares chez les Orientaux, où le soleil plus ardent semble échauffer les imaginations mêmes.*
Voilà les poèmes épiques. Eh ! qu'est-ce que les poëmes épiques? En vérité, me dit-il, je n'en sais rien; les connoisseurs disent qu'on n'en a jamais fait que deux,' et que
1. Pascal, dans ses Pensées, parle de la poésie à peu près comme Montesquieu, et n*y voit que des mots yides de sens, comme fatcU laurier, bel astre, etc., qu*on appelle des beautés poétiques. Voltaire en conclut seulement que Pascal parlait de ce qu'il ne connaissait pas; et c*est, je crois, la seule fois qu*il ait eu raison contre Pascal. Il fut bien plus en colère contre Montesquieu, qui pourtant avait excepté nommément les poètes dramatiques du méprisqu'il témoignait pour tous les autres. Cela ne suffisait pas, comme de raison, pour apaiser l'auteur de la Henriade, et, quand on lui reprochait les traits qu'il lançait contre Montesquieu, il se contentait de répondre : tt 11 est coupable de lèse-poésie, » et Ton avouera que c'était un crime que Voltaire ne pouvait guère pardonner. (La Harpe.)