Les Indes sont ici la France
peuples ; le mal se communiquer, et n'épargner pas même les membres les plus sains ; les hommes les plus vertueux faire des choses indignes; et violer* les premiers principes de la justice, sur ce vain prétexte qu'on la leuravoit violée.
Usappeloientdes lois odieuses en garantie des actions les plus lâches; et nommoient nécessité, l'injustice et la perfidie.
J'ai vu la foi des contrats bannie, les plus saintes conventions anéanties, toutes les lois des familles renvei'sées. J'ai vu des débiteurs avares, fiers d'une insolente pauvreté, instruments indignes de la fureur des lois et de la rigueur des temps, feindre un payement au lieu de le faire, et porter un couteau dans le sein de leurs bienfaiteurs.
J'en ai vu d'autres, plus indignes encore, acheter presque pour rien, ou plutôt ramasser de terre des feuilles de chêne, ' pour les mettre à la place de la substance des veuves et des orphelins.
J'ai vu naître soudain dans tous les cœurs une soif insatiable des richesses. J'ai vu se former, en un moment, une détestable conjuration de s'enrichir, non par un honnête travail et une généreuse industrie, mais par la ruine du prince, de l'état et des concitoyens.
1. A. C. Et violer, dans toutes les occasions de leur vie, les premiers principes de Justice, etc.
On voit, dans les Mémoires de Ifathieu llarais, t. I, p. 388, p. 443, 468, que le clergé n*hésita pas à payer ses dettes de cette façon peu loyale.
2. C'est-à-dire des feuilles de papier, des assignats. V. les Mémoires de Mathieu Marais, t. I, p. 324. « La Mésangère, ancien maître d*h6tel du roi, homme de condition et d'esprit... ayant trouvé un pauvre qui lui demandoit Taumône, et qui lui dit : « Je suis un pauvre gentilhomme, ruiné par « un moulin à poudre qui a été brûlé, » il lui répondit : « Hélas! monsieur, «Je suis un pauvre gentilhomme qui a été ruiné par un moiilin à papier. » Cela a été rapporté au régent, qui n'en a fait que rire. »
J'ai vu un honnête citoyen, dans ces temps malheureux, ne se coucher qu'en disant : J'ai ruiné mie famille aujourd'hui ; j'en ruinerai une autre demain.
Je vais, disoit un autre, avec un homme noir qui porte une écritoire à la main et un fer pointu à l'oreille/ assassiner tous ceux à qui j'ai de l'obligation.
Un autre disoit : Je vois que j'accommode mes affaires : il est vrai que, lorsque j'allai, il y a trois jours, faire un certain payement, je laissai toute une famille en larmes; que je dissipai la dot de deux honnêtes filles; que j'ôtai l'éducation à un petit garçon ; le père en mourra de douleur, la mère périt de tristesse : mais je n'ai fait que ce qui est permis par la loi. '
Quel plus grand crime que celui que commet un ministre, lorsqu'il corrompt les mœurs de toute une nation, dégrade les âmes les plus généreuses, ternit l'éclat des dignités, obscurcit la vertu même, et confond la plus haute naissance dans le mépris universel?*
Que dira la postérité, lorsqu'il lui faudra rougu: de la honte de ses pères? Que dira le peuple naissant, lorsqu'il comparera le fer de ses aïeux, avec l'or de ceux à qui il doit immédiatement le jour 7 Je ne doute pas que les uobles ne retranchent de leurs quartiers un indigne degré de noblesse qui les déshonore, et ne laissent la génération présente dans l'affreux néant où elle s'est mise.
De Paris, le 1 1 de la lune de rhamazan, 1780.