‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 30 sur 245 · A. Des charmes · texte numérisé non relu

A. Des charmes

mais c'est un affront de ne l'être plus. Tu nous quittes, Usbek, pour aller errer dans des climats barbares. Quoi! tu comptes pour rien l'avantage d'être aimé? Hélas I tu ne sais pas même ce que tu perds! Je pousse des soupirs qui ne sont point entendus ; mes larmes coulent, et tu n'en jouis pas ; il semble que l'amour respire dans le sérail, et ton insensibilité t'en éloigne sans cesse! Ah! mon cher Usbek, si tu savois être heureux!

Du sérail de Fatmé, le 81 de la lune de maharram,' nil.

1. Le mois de moharrem est le premier de Tannée musulmane. La lettre de Zachi a donc été écrite un mois environ avant les deux lettres précédentes.

ZÉPHIS A USBEK

A BRZBROR. 1

Enfin ce monstre noir a résolu de me désespérer. II veut, à toute force, m'ôter mon esclave Zélide, Zélide qui me sert avec tant d'affection , et dont les adroites mains portent partout les ornements et les grâces. Il ne lui suffit pas que cette séparation soit douloureuse ; il veut encore qu'elle soit déshonorante. Le traître veut regarder comme criminels les motifs de ma confiance; et, parce qu'il s'ennuie derrière la porte, oi je le renvoie toujours, il ose supposer qu'il a entendu ou vu des choses que je ne sais pas même imaginer. Je suis bien malheureuse ! Ma retraite, ni ma vertu, ne sauroient me mettre à l'abri de ses soupçons extravagants : un vil esclave vient m'attaquer jusque dans ton cœur, et il faut que je m'y défende. Non, j'ai trop de respect pour moi-même pour descendre jusques à des justifications : je ne veux d'autre garant de ma conduite que toi-même, que ton amour, que le mien ; et, s'il faut te le dire, cher Dsbek, que mes larmes.

Da lénUl de Fatmé, le 29 de la lane de mahairam, 1711. 1. Eneroum, ville de la Tarquie d'Asie (Arméaie).

RUSTAN A DSBEK.

A ERZERON.

Tu es le sujet de toutes les conversations d*Ispahan; on ne parle que de ton départ. Les uns l'attribuent à une légèreté d'esprit, les autres à quelque chagrin : tes amis seuls te défendent, et ils ne persuadent personne. On ne peut comprendre que tu puisses quitter tes femmes, tes parents, tes amis, ta patrie, pour aller dans des climats inconnus aux Persans. La mère de Rica est inconsolable ; elle te demande son fils, que tu lui as, dit-elle, enlevé. Pour moi, mon cher Usbek, je me sens naturellement porté à approuver tout ce que tu fais : mais je ne saurois te pardonner ton absence ; et , quelques raisons que tu m'en puisses donner, mon cœur ne les goûtera jamais. Adieu. Aime -moi toujours.

D'Ispahan, le 28 delà lune de rebiab l,> 1711.

1. Il y a deux mois du nom de rébi (rébi 1 et rébi 2), qui viennent au troisième et au quatrième rang dans Tannée musulmane.

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