‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 32 sur 245 · FATMÉ A USBEK · texte numérisé non relu

FATMÉ A USBEK

A BRZRROll.

11 y a deux mois que tu es parti, mon cher Usbek ; et dans rabattement où je suis, je ne puis pas me le persuader encore. Je cours tout le sérail , comme si tu y étois; je ne suis point désabusée. Que veux- tu que devienne une femme qui t*aime ; qui étoit accoutumée à le tenir dans ses bras; qui n'étoit occupée que du soin de te donner des preuves de sa tendresse ; libre par l'avantage de sa naissance, esclave par la violence de son amour ?

Quand je t'épousai, mes yeux n'avoient point encore vu le visage d'un homme ; tu es le seul encore dont la vue m'ait été permise : * car je ne mets pas* au rang des hommes ces eunuques affreux, dont la moindre imperfection est de n'être point hommes. Quand je compare la beauté de ton visage avec la difformité du leur, je ne puis m'empêcher de m' estimer heureuse. Mon imagination ne me fournit point d'idée plus ravissante que les charmes enchanteurs de ta personne. Je te le jure, Usbek ; quand

1. Les femmw persanes sont beaucoup plus étroitement gardées que les femmes turques et les femmes indiennes. (M.)

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