‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 49 sur 245 · JARON AU PREMIER EUNUQUE · texte numérisé non relu

JARON AU PREMIER EUNUQUE

A mesure qu'Usbek s'éloigne du sérail, il tourne sa tête vers ses femmes sacrées : il soupire, il verse des larmes : sa douleur s'aigrit, ses soupçons se fortifient. Il veut augmenter le nombre de leurs gardiens. Il va me renvoyer, avec tous les noirs gui l'accompagnent. Il ne craint plus pour lui : il craint pour ce gui lui est mille fois plus cher gue lui-même.

Je vais donc vivre sous tes lois, et partager tes soins. Grand Dieu I gu'il faut de choses pour rendre un seul homme heureux!

La nature sembloit avoir mis les femmes dans la dépendance, et les en avoir retirées : le désordre naissoit entre les deux sexes, parce gue leurs droits étoient réciprogues. Nous sommes entrés dans le plan d'une nouvelle harmonie : nous avons mis, entre les femmes et nous, la haine ; et, entre les hommes et les femmes, l'amour.

Mon front va devenir sévère. Je laisserai tomber des regards sombres. La joie fuira de mes lèvres. Le dehors sera tranguille, et l'esprit inguiet. Je n'attendrai point les rides de la vieillesse, pour en montrer les chagrins.

J'aurois eu du plaisir à suivre mon maître dans l'Occident : mais ma volonté est son bien. Il veut gue je garde

ses femmes : je les garderai avec fidélité. Je sais comment je dois me conduire avec ce sexe, qui, quand on ne lui permet pas d'être vain, commence à devenir superbe; et qu'il est moins aisé d'humilier, que d'anéantir. Je tombe sous tes regards.

De Smyrne, le 12 de la lane de zilcftdé, 1711.

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