Louis XIV
2. Dans l'ancien régime, on empnintait en créant des charges, auxquelles on attribuait des gages; elles emportaient des exemptions d'impôt, et au besoin même conféraient la noblesse. On connaît le mot d'un ministre à Louis XIV, que ces créations multipliées effrayaient : Quê Votre Majesté se réassure : chaque fois qu'elle crée une charge. Dieu crée un sot pour racheter. Les sots calculaient; ils trouvaient le moyen de se payer de leurs déboursés, et de satisfaire leur vanité aux dépens du public.
3. Nos rois croyaient qu'il leur appartenait de régler le cours des monnaies; ils considéraient la monnaie non pas comme une yaleur fixe ot
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diflScile à soutenir, et qu'il n'sdt point d'argent, il n*a qu'à leur mettre dans la tôte qu'un morceau de papier est de l'argent; et ils en sont aussitôt convaincus. Il va même jusqu'à leur faire croire qu'il les guérit de toutes sortes de maux, en les touchant/ tant est grande la force et la puissance qu'il a sur les esprits.
Ce que je dis de ce prince ne doit pas t'étonner : il y a un autre magicien plus fort que lui, qui n'est pas moins maître de son esprit, qu'il l'est lui-même de celui des autres. Ce magicien s'appelle le pape : tantôt il lui fait croire que trois ne sont qu'un ; que le pain qu'on mange n'est pas du pain, ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin ; et mille autres choses de cette espèce.
Et, pour le tenir toujours en haleine, et ne point lui laisser perdre l'habitude de croire, il lui donne, de temps en temps, pour l'exercer, de certains articles de croyance. Il y a deux ans qu'il lui envoya un grand écrit, qu'il appela Consiitmiony* et voulut obliger, sous de grandes
proportionnelle aa métal, mais comme un simple signe de valeurs, qu*ou pouvait élever ou baisser à la volonté du prince. V. Mémoires de Mathieu Marais, t. I, p. 280, 285, 316, 357, 350, 457; t. IV, p. 10. La Rochefoucauld a pu dire : « Les rois font des hommes comme des pièces de monnoie; ils les font valoir ce quMls veulent, et Ton est forcé de les recevoir Selon leur cours, et non pas selon leur véritable prix. » (Éd. de 1665, max. 165.)
1. Allusion au prétendu privilège de guérir les écrouelles en les touchant, privilège que s'attribuaient les rois de France et les rois d'Angleterre.
S. Je ne connais pas de bulle, ou constitution, rendue contre les Jansénistes en 1710, c'est-à-dire deux ans avant la lettre de Rica à Ibben. La bulle Vineam Domini Sàbaoth, du pape Clément XI, est du 15 juillet 1707. Une seconde bulle, lancée en 1713, la bulle Unigenitus, ajouta aux rigueurs de la première. Cest elle qui, sous le nom de Constitution, troubla la France durant la plus grande partie du xviii* siècle. Hais cette constitution est d'un an postérieure à la lettre de Rica. H me parait probable que Montesquieu, écrivant en 1721, s'est trompé sur la date de la balle Unigsnitus, et que c'est à elle qu'il fait allusion.
peines, ce prince et ses sujets, de croire tout ce qui y étoit contenu. Il réussit à l'égard du prince, qui se soumit aussitôt, et donna l'exemple à ses sujets : ^ mais quelques-uns d'entre eux se révoltèrent, et dirent qu'ils ne vouloient rien croire de tout ce qui étoit dans cet écrit. Ce sont les femmes qui ont été les motrices de toute cette révolte, qui divise toute la cour, tout le royaume, et toutes les familles. Cette constitution leur défend de lire un livre que tous les chrétiens disent avoir été apporté du ciel : c'est proprement leur alcoran.* Les femmes, indignées de l'outrage fait à leur sexe, soulèvent tout contre la constitution : elles ont mis les hommes de leur parti, qui, dans cette occasion, ne veulent point avoir de privilège. On doit pourtant' avouer que ce moufti ne raisonne pas mal ; et, par le grand Hali I il faut qu'il ait été instruit des principes de notre sainte loi : car, puisque les femmes sont d'une création inférieure à la nôtre, et que nos prophètes nous disent qu'elles n'entreront point dans le paradis, pourquoi faut-il qu'elles se mêlent de lire un livre qui n'est fait que pour apprendre le chemin du paradis?
J'ai ouï raconter du roi, des choses qui tiennent du prodige; et je ne doute pas que tu ne balances à les croire.
On dit que, pendant qu'il faisoit la guerre à ses voisins, qui s'étoient tous ligués contre lui, il avoit dans son royaume un nombre innombrable d'ennemis invisibles, qui l'entouroient : ^ on ajoute qu'il les a cherchés pendant plus de
i. Louis XIV se soamit avec d'autant plus de facilité quo c*e8t lui qui sollicitait rintervention du pape pour en finir avec ces querelles tbéologiques, qui rimportunaient.