G. D*ArméQie
foiblit, me tourne vers ma patrie, et me rend ce pays-ci plus étranger.
Mais, cher Nessir, je te conjure, fais en sorte que mes femmes ignorent l'état où je suis. Si elles m'aiment, je yeux épargner leurs larmes; et, si elles ne m'aiment pas, je ne veux point augmenter leur hardiesse.
Si mes eunuques me croyoient en danger, s'ils pouvoient espérer l'impunité d'une lâche complaisance, ils cesseroient bientôt d'être sourds à la voix flatteuse de ce sexe, qui se fait entendre aux rochers, et remue les choses inanimées.
Adieu, Nessir. J'ai du plaisir à te donner des marques de ma confiance.
De Paru, le 5 de la lone de chahbao, 1712.
RICA A
Je vis hier une chose assez singulière, quoiqu'elle se passe tous les jours à Paris.
Tout le peuple s'assemble sur la fin de Taprès-dlnée, et va jouer une espèce de scène, que j'ai entendu appeler comédie.^ Le grand mouvement est sur une estrade, qu'on nomme le théâtre.* Aux deux côiés, on voit, dans de petits réduits, qu'on nomme loges, des hommes et des femmes qui jouent ensemble des scènes muettes, à peu près comme celles qui sont en usage en notre Perse.
Ici,' c'est une amante affligée, qui exprime sa langueur ; une autre, plus animée, dévore des yeux son amant, qui la regarde de même : toutes les passions sont peintes sur les visages, et exprimées avec une éloquence qui, pour être muette, n'en est que plus vive.* Là, les actrices* ne paroissent qu'à demi-corps, et ont ordinairement un manchon