‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 80 sur 245 · SON SOUVERAIN SEIGNEUR · texte numérisé non relu

SON SOUVERAIN SEIGNEUR

Si tu étois ici, magnifique seigneur, je parottrois à ta vue tout couvert de papier blanc ; et il n'y en auroit pas assez ^ pour écrire toutes les insultes que ton premier eunuque noir, le plus méchant de tous les hommes, m'a faites depuis ton départ.

Sous prétexte de quelques railleries, qu'il prétend que j'ai faites sur le malheur de sa condition, il exerce sur ma tête une vengeance inépuisable ; il a animé contre moi le cruel intendant de tes jardins, qui, depuis ton départ, m'oblige à des travaux insurmontables, dans lesquels j'ai pensé mille fpis laisser la vie, sans perdre un moment l'ardeur de te servir. Combien de fois ai-je dit en moimême : J'ai un maître rempli de douceur, et je suis le plus malheureux esclave qui soit sur la terre !

Je te l'avoue, magnifique seigneur, je ne me croyois pas destiné à de plus grandes misères; mais ce traître d'eunuque a voulu mettre le comble à sa méchanceté. Il y a quelques jours que, de son autorité privée, il me destina

Page 1