‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 2)Chapitre 97 sur 245 · Pierre le Grand. V. Esprit des lois, XIX · texte numérisé non relu

Pierre le Grand. V. Esprit des lois, XIX

4. Perry rapporte, dans son État présent de la Moscovie, que les moines brûlèrent les premières presses qui arrivèrent dans le pays, et s'opposèrent de tout leur pouvoir à rétablissement de rimprimeric. (Note de l'édition Dalibon, Paris, 1826.)

États, laissant partout des marques de sa sévérité naturelle.

Il les quitte, comme s'ils ne pouvoient le contenir, et va chercher dans l'Europe d'autres provinces et de nouveaux royaumes.

Je t'embrasse, mon cher tsbek. Donne-moi de tes nouvelles, je te conjure.

De Moscou, le 2 de la lune de chalval, 1713.

RICA A USBEK

J'étols l'autre jour dans une société où je me divertis assez bien. Il y avoit là des femmes de tous les âges; une de quatre-vingts ans, une de soixante, une de quarante, qui avoit une nièce de vingt à vingt-deux.* Un certain instinct me fit approcher de cette dernière, et elle me dit à Toreille : Que dites-vous de ma tante, qui, à son âge, veut avoir des amants, et fait encore la jolie? Elle a tort, lui dis-je; c'est un dessein qui ne convient qu'à vous. Un moment après, je me trouvai auprès de sa tante, qui me dit : Que dites-vous de cette femme qui a pour le moins soixante ans, qui a passé aujourd'hui plus d'une heure à sa toilette? C'est du temps perdu, lui dis-je; et il faut avoir vos charmes pour devoir y songer. J'allai à cette malheureuse femme de soixante ans, et la plaignois dans mon âme, lorsqu'elle me dit à l'oreille : Y a-t-il rien de si ridicule? Voyez cette femme qui a quatre-vingts ans, et qui met des rubans couleur de feu : elle veut faire la jeune, et

1. A. C. Une de quarante, laquelle avoit une nièce qui pouvoit en avoir vingt ou vingt-deux.

elle y réussit; car cela approche de l'enfance. Âh, bon Dieu! dis-je en moi-même, ne sentirons-nous jamais que le ridicule des autres? C'est peut-être un bonheur, disois-je ensuite, que nous trouvions de la consolation dans les foiblesses d' autrui. Cependant j'étois en train de me divertir ; et je dis : Nous avons assez monté ; descendons à présent, et commençons par la vieille qui est au sommet. Madame, vous vous ressemblez si fort, cette dame à qui je viens de parler et vous, qu'il semble que vous soyez deux sœurs ; je vous crois, à peu près, de même âge/ Vraiment, monsieur, me dit-elle, lorsque Tune mourra, Tautre devra avoir grand'peur : je ne crois pas qu'il y ait d'elle à moi deux jours de différence. Quand je tins cette femme décrépite, j'allai à celle de soixante ans. Il faut, madame, que vous décidiez un pari que j'ai fait : j'ai gagé que cette dame et vous, lui montrant la femme de quarante ans, étiez de même âge. Ma foi, dit-elle, je ne crois pas qu'il y ait six mois de différence. Bon, m'y voilà; continuons. Je descendis encore, et j'allai à la femme de quarante ans. Madame, faites-moi la grâce de me dire si c'est pour rire que vous appelez cette demoiselle, qui est à l'autre table, votre nièce? Vous êtes aussi jeune qu'elle; elle a même quelque chose dans le visage de passé, que vous n'avez certainement pas : et ces couleurs vives qui paroissent sur votre teint... Attendez, me dit-elle : je suis sa tante; mais sa mère avoit, pour le moins, vingt-cinq ans plus que moi : nous n'étions pas de même lit; j'ai ouï dire à feu ma sœur que sa fille et moi naquîmes la même année. Je le disois bien, madame, et je n'avois pas tort d'être étonné.

1. A. G. Deux sœurs, et je ne crois pas que vous soyez plus âgées Tanc t]ue l'autre. Et vraiment, monsieur, etc.

Mon cher Usbek, les femmes qui se sentent finir d'avance par la perte de leurs agréments, voudroient reculer vers la jeunesse. Eh! comment ne chercheroient-elles pas à tromper les autres? Elles font tous leurs efforts pour se tromper elles-mêmes, et se dérober à la plus affligeante de toutes les idées.*

Do Paris, le 3 de la luoe de chalTal, 1713.

1. A. Pour se tromper elles-mêmes ot pour se dérober la plus affligeante de toutes les idées.

ZÉLIS A USBEK

Jamais passion n'a été plus forte et plus vive que celle de Gosrou, eunuque blanc, pour mon esclave Zélide ; il la demande en mariage avec tant de fureur, que je ne puis la lui refuser. Et pourquoi ferois-jede la résistance, lorsque sa mère* n'en fait pas, et que Zélide elle-même paroît satisfaite de ridée de ce mariage imposteur, et de Tombre vaine qu'on lui présente?

Que veut-elle faire de cet infortuné, qui n'aura d'un mari que la jalousie; qui ne sortira de sa froideur que pour entrer dans un désespoir inutile ; qui se rappellera toujours la mémoire de ce qu'il a été, pour la faire souvenir de ce qu'il n'est plus; qui, toujours prêt à se donner, et ne se donnant jamais, se trompera, la trompera sans cesse, et lui fera essuyer à chaque instant tous les malheurs de sa condition?

Et quoi ! être toujours dans les images et dans les fantômes? ne vivre que pour imaginer? se trouver toujours auprès des plaisirs, et jamais dans les plaisirs? languis-

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