CÉLIBAT
Nous voici à l'article du célibat. Tout ce que l'auteur en a dit se rapporte à cette proposition, qui se trouve au livre XXV, chapitre iv : la voici.
u Je ne parlerai point ici des conséquences de la loi du célibat. On sent qu'elle pourroit devenir nuisible à proportion que le corps du clergé seroit trop étendu, et que par conséquent celui des laïques ne le seroit pas assez. »
Il est clair que l'auteur ne parle ici que de la plus
grande ou de la moindre extension que l'on doit donner au
célibat, par rapport au plus grand ou au moindre nombre
de ceux qui doivent l'embrasser; et, comme l'a dit
l'auteur en un autre endroit, cette loi de perfection ne
peut pas être faite pour tous les hommes : on sait d'ailleurs,
que la loi du célibat, telle que nous l'avons, n'est qu'une
loi de discipline. 11 n'a jamais été question, dans l'Esprit
des Lois, de la nature du célibat même et du degré de sa
bonté; et ce n'est, en aucune façon, une matière qui
doive entrer dans un livre de lois politiques et civiles. Le
critique ne veut jamais que l'auteur traite son sujet ; il
veut continuellement qu'il traite le sien ; et parce qu'il
est toujours théologien, il ne veut pas que, même dans
un livre de droit, il soit jurisconsulte. Cependant on
verra tout à l'heure qu'il est, sur le célibat, de l'opinion
des théologiens, c'est-à-dire, qu'il en a reconnu la bonté.
Il faut savoir que, dans le livre XXIII, où il est traité
du rapport que les lois ont avec le nombre des habitants,
l'auteur a donné une théorie de ce que les lois politiques et civiles de divers peuples avoient fait à cet égard. Il a fait voir, en examinant les histoires des divers peuples de la terre, qu'il y avoit eu des circonstances où ces lois furent plus nécessaires que dans d'autres, des peuples qui en avoient eu plus de besoin, de certains temps où ces peuples en avoient eu plus de besoin encore : et, comme il a pensé que les Romains furent le peuple du monde le plus sage, et qui, pour réparer ses pertes, eut le plus besoin de pareilles lois, il a recueilli avec exactitude les lois qu'ils avoient faites à cet égard ; il a marqué avec précision dans quelles circonstances elles avoient été faites, et dans quelles autres circonstances elles avoient été ôtées. Il n'y a point de théologie dans tout ceci, et il n'en faut point pour tout ceci. Cependant il a jugé à propos d'y en mettre. Voici ses paroles : « A Dieu ne plaise que je parle ici contre le célibat qu'a adopté la religion ; mais, qui pourroit se taire contre celui qu'a formé le libertinage, celui où les deux sexes, se corrompant par les sentiments naturels même, fuient une union qui doit les rendre meilleurs, pour vivre dans celles qui les rendent toujours pires?
« C'est une règle tirée de la nature, que, plus on diminue le nombre des mariages qui pourraient se faire, plus on corrompt ceux qui sont faits ; moins il y a de gens ma* ries, moins il y a de fidélité dans les mariages : comme lorsqu'il y a plus de voleurs, il y a plus de vols '. »
L'auteur n'a donc point désapprouvé le célibat qui a pour motif la religion. On ne pouvoit se plaindre de ce qu'il s'élevoit contre le célibat introduit par le libertinage;