A UN HOMME CHARITABLE. Î
ecclésiastiques. Je crois que la bénédiction répandue sur ce chef-d'œuvre peut bien faire monter le profit à trois cent pour cent. Il n'y a point de commerce profane qui ait jamais si bien» rendu.
Le commerce maritime, que vous condamnez, pourroit être excusé peut-être en faveur de l'utilité publique, de la hardiesse d'envoyer son bien dans un autre hémisphère, et du risque des naufrages. Votre petit négoce a une utilité plus sensible; il demande plus de courage, et expose à de plus grands risques.
Quoi de plus utile, en effet, que d'instruire l'univers, quatre fois par mois, des aventures de quelques clercs tonsurés ! Quoi de plus courageux que d'outrager votre roi et votre archevêque! Et quel risque, monsieur, que ces petites humiliations que vous pourriez essuyer en place publique? Mais, je me trompe ; il y a des charmes à souffrir pour la bonne cause; il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes : et vous me paraissez tout fait pour le martyre, que je vous souhaite cordialement, étant votre très-humble et très-obéissant serviteur.
A Marseille, le 10 mai 1750.
Vous avez lu ? Esprit des Lois :
Que pensez-vous de cet ouvrage?
Ce n'est qu'un pénible assemblage
De républiqu?s et de rois.
On y voit des mœurs de tout âge,
Et des peuples de tous les lieux :
Le civilisé, le sauvage,
Leurs législateurs et leurs dieux.
Sur tous ces objets d'importance,
L'auteur nous laisse apercevoir,
Non une simple tolérance,
Mais une froide indifférence;
Tout lui parait fruit du terroir.
Le sol est la cause première
De nos vices, de nos vertus;
Néron dans un autre hémisphère
Aurait peut-être été Titus.
L'esprit n'est que second mobile,
Et notre raison versatile
Est dépendante des climats;
Féroce au pays des frimats,
Voluptueuse dans l'Asie,
Le môme ressort ici-bas
Détermine sa fantaisie.
Ainsi, sans un grand appareil,
On peut, dans le siècle où nous sommes,
Par les seuls degrés du soleil
Calculer la valeur des hommes.
i. Par Bonneval. Cette petite pièce, qui a beaucoup circulé Ion* de l'apparition de V Esprit des Lois, a été souvent altérée par les copistes. Nous donnons le texte qui nous semblo lo plus pur. 11 est tiré de la Correspondance de Grimm et Diderot. Édit. Tourneux, iu-8, Garnier 1877, !•' vol., page Ï93.
Sur ce point seul, législateurs, Établissez bien vos maximes, Dirigez les lois et les mœurs, Distinguez les vertus des crimes; Sur l'air réglez vos documents :
Un pays devient despotique.
Républicain ou monarchique Par la force des éléments.
La liberté n'est qu'un vain titre, Le culte est pur consentement, Et le climat seul est l'arbitre Des dieux et du gouvernement.
Ce n'est point un esprit critique Qui me sert ici d'Apollon.
Voilà toute la politique De notre anonyme Solon.