‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 3)Chapitre 17 sur 183 · DE LA NATION · texte numérisé non relu

DE LA NATION

Un gouvernement, dans lequel une nation qui avoit un roi, élisoit celui qui devoit exercer la puissance royale, paroît bien extraordinaire ; mais, indépendamment des circonstances où l'on se trou voit, je crois que les Francs tiroient à cet égard leurs idées de bien loin.

Us étoient descendus des Germains, dont Tacite dit que, dans le choix de leur roi, ils se déterminoient par sa noblesse ! ; et dans le choix de leur chef, par sa vertu. Voilà les rois de la première race, et les maires du palais; les premiers étoient héréditaires, et les seconds étoient électifs *.

On ne peut douter que ces princes, qui, dans l'assemblée de la nation, se levoient, et se proposoient pour chefs de quelque entreprise à tous ceux qui voudroient les suivre, ne réunissent pour la plupart, dans leur personne, et l'autorité du roi et la puissance du maire. Leur noblesse leur avoit donné la royauté ; et leur vertu, les faisant suivre

1. Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. De morib. Germ», ch. vu. (M.)

2. Montesquieu reproduit ici une idée du comto de Boulainvilliers, Gouvernement de la France, t. I, p. 28.

par plusieurs volontaires qui les pren oient pour chefs, leur donnoit la puissance du maire. C'est par la dignité royale que nos premiers rois furent à la tête des tribunaux et des assemblées, et donnèrent des lois du consentement de ces assemblées : c'est par la dignité de duc ou de chef qu'ils firent leurs expéditions, et commandèrent leurs armées1.

Pour connoître le génie des premiers Francs à cet égard, il n'y a qu'à jeter les yeux sur la conduite que tint Arbogaste ', Franc de nation, à qui Valentinien avoit donné le commandement de l'armée. Il enferma l'empereur dans le palais ; il ne permit à qui que ce fût de lui parler d'aucune affaire civile ou militaire. Arbogaste fit pour lors ce que les Pépins firent depuis.

1. A. B. qu'ils firent des expéditions et commandèrent des armées.

2. Voyez Sulpicius Alexander, dans Grégoire de Tours, liv. II. (M.)

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