‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 3)Chapitre 46 sur 183 · LIVRE XXXI, CHAP. XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI, CHAP. XVI

soit à celui qui joigooit à la royauté une grande puissance Pour lors, l'autorité du maire fut jointe à l'autorité royale. Dans le mélange de ces deux autorités, il se fit une espèce de conciliation. Le maire avoit été électif, et le roi héréditaire : la couronne, au commencement de la seconde race, fut élective, parce que le peuple choisit; elle fut héréditaire, parce qu'il choisit toujours dans la même famille1.

Le père le Cointe2, malgré la foi de tous les monuments8, nie4 que le pape ait autorisé ce grand changement : une de ses raisons est qu'il auroit fait une injustice. Et il est admirable de voir un historien juger de ce que les hommes ont fait, par ce qu'ils auroient dû faire ! Avec cette manière de raisonner, il n'y auroit plus d'histoire.

Quoi qu'il en soit, il est certain que, dès le moment de la victoire du duc Pépin, sa famille fut régnante, et que celle des Mérovingiens ne le fut plus. Quand son petit-fils Pépin fut couronné roi, ce ne fut qu'une cérémonie de plus, et un fantôme de moins : il n'acquit rien par là que les ornements royaux; il n'y eut rien de changé dans la nation.

J'ai dit ceci pour fixer le moment de la révolution, afin qu'on ne se trompe pas, en regardant comme une

1. Voyez le testament de Charlemagne ; et le partage que Louis le Débonnaire fit à ses enfants dans l'assemblée des États, tenue à Quierzy, rapportée par Goldast : Quem populus eligere velit, ut patri suo succédât in regni hœr édita te. (M.)

2. Auteur des Annales ecclesiastici Francorutn, de l'an 417 à l'an 845* Paris, 1665-1683, 8 vol. in-r\

3. L'anonyme, sur l'an 752 ; et Chron. Centul. sur l'an 754. (M.)

4. Fabella quœ post Pippini mortem excogitatu est, œquitati ac sanctitati Zachariœ papœ plurimum adversatur Annales ecclesiastici Francorutn, tome II, p. 319. (M.)

révolution ce qui n'étoit qu'une conséquence de la révolution .

Quand Hugues Gapet fut couronné roi au commencement de la troisième race, il y eut un plus grand changement, parce que l'État passa de l'anarchie à un gouvernement quelconque; mais, quand Pépin prit la couronne, on passa d'un gouvernement au même gouvernement.

Quand Pépin fut couronné roi, il ne lit que changer de nom; mais, quand Hugues Capet fut couronné roi, la chose changea, parce qu'un grand fief, uni à la couronne, fit cesser l'anarchie.

Quand Pépin fut couronné roi, le titre de roi fut uni au plus grand office; quand Hugues Gapet fut couronné, le titre de roi fut uni au plus grand fief.

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