LIVRE XXXF, CHAP. XXIII
obligés de céder à l'iroportunité des demandes, et qu'on leur arracha souvent ce qu'ils n'auroientpas voulu donner : on y voit que le clergé se croyoit plus opprimé par la noblesse que par les rois. Il parott encore que Charles le Chauve ! fut celui qui attaqua le plus le patrimoine du clergé, soit qu'il fût le plus irrité contre lui, parce qu'il avoit dégradé son père à son occasion, soit qu'il fût le plus timide. Quoi qu'il en soit, on voit dans les Capitulaires* des querelles continuelles entre le clergé qui demandoit ses biens, et la noblesse quirefusoit, qui éludoit, ou qui différoit de les rendre ; et les rois entre deux*
C'est un spectacle digne de pitié, de voir l'état des choses en ces temps-là. Pendant que Louis le Débonnaire faisoit aux églises des dons immenses de ses domaines, ses enfants distribuoient les biens du clergé aux laïques. Souvent la même main qui fondoit des abbayes nouvelles, dépouilloit les anciennes. Le clergé n' avoit point un état
même année, art. 3, 4 et 0 ; et le capitulaire in villa Sparnaco, de Tan 840, art. 20; et la lettre que les évêques assemblés à Reims écrivirent, Tan 858, à Louis le Germanique, art. 8. (M.)
i. Voyez le capitulaire in villa Sparnaco, de l'an 846. La noblesse avoit irrité le roi contre les évêques, de sorte qu'il les chassa de l'assemblée : on choisit quelques canons des synodes, et on leur déclara que ce seroient les seuls qu'on observeroit; on ne leur accorda que ce qu'il étoit impossible de leur refuser. Voyez les art. 20, 21 et 22. Voyez aussi la lettre que les évêques assemblés écrivirent Van 858 à Louis le Germanique, art. 8; et Tédit de Pistes, de 864, art. 5. (M.)
2. Voyez le même capit. de l'an 846, in villa Sparnaco. Voyez aussi le capitul. de l'assemblée tenue apud Marsnam, de Tan 847, art. 4, dans laquelle le clergé se retrancha à demander qu'on le remit on possession de tout ce dont il avoit joui sous le règne de Louis le Débonnaire. Voyez aussi le capitul. de l'an 851, apud Marsnam, art. 6 et 7, qui maintient la noblesse et le clergé dans leurs possessions ; et celui apud Bonoilum, de l'an 856, qui est une remontrance des évêques au roi, sur ce que les maux, après tant de lois faites, n'avoient pas été réparés; et enfin la lettre que les évêques assemblés à Reims écrivirent, l'an 858, à Louis le Germanique, art. 8. (M.)
fixe. On lui ôtoit; il regagnoit; mais la couronne perdoit toujours.
Vers la fin du règne de Charles le Chauve, et depuis ce règne, il ne fut plus guère question des démêlés du clergé et des laïques sur la restitution des biens de l'Église. Lesévêques jetèrent bien encore quelques soupirs dans leurs remontrances à Charles le Chauve, que l'on trouve dans le capitulaire de l'an 856, et dans la lettre1 qu'ils écrivirent à Louis le Germanique l'an 858 ; mais ils proposoient des choses, et ils réclamoient des promesses tant de fois éludées, que l'on voit qu'ils n'avoient aucune espérance de les obtenir.
11 ne fut plus question * que de réparer en général les torts faits dans l'Église et dans l'État3. Les rois s'engage oient de ne point ôter aux leudes leurs hommes libres, et de ne plus donner les biens ecclésiastiques par des précep tions4 ; de sorte que le clergé et la noblesse parureut s'unir d'intérêts.
Les étranges ravages des Normands, comme j'ai dit5, contribuèrent beaucoup à mettre fin à ces querelles.
Les rois, tous les jours moins accrédités, et par les causes que j'ai dites, et par celles que je dirai, crurent n'avoir d'autre parti à prendre que de se mettre entre les mains des ecclésiastiques. Mais le clergé avoit aflbibli les rois, et les rois a voient aflbibli le clergé.
En vain Charles le Chauve et ses successeurs appe-