‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 4)Chapitre 155 sur 488 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DBS LOIS PENALES.

Il faut éviter les lois pénales en fait de religion. Elles impriment delà crainte, il est vrai ; mais comme la religion a ses lois pénales aussi qui inspirent de la crainte. Tune est effacée par l'autre. Entre ces deux craintes différentes, les âmes deviennent atroces.

La religion a de si grandes menaces, elle a de si grandes promesses, que lorsqu'elles sont présentes à notre esprit, quelque chose que le magistrat puisse faire pour nous contraindre à la quitter, il semble qu'on ne nous laisse rien quand on nous l'ôte, et qu'on ne nous ôte rien lorsqu'on nous la laisse.

Ce n'est donc pas en remplissant l'âme de ce grand objet, en l'approchant du moment où il lui doit être d'une plus grande importance*, que l'on parvient à l'en détacher : il est plus sûr d'attaquer une religion par la faveur, par les commodités de la vie, par l'espérance de la fortune ; non pas par ce qui avertit, mais par ce qui fait que l'on oublie ; non pas par ce qui indigne, mais par ce qui jette dans la tiédeur, lorsque d'autres passions agissent sur nos âmes, et que celles que la religion inspire sont dans le silence. Règle générale : en fait de changement de

i. Cest-à-dire de la mort.

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