PEUPLE EST LA SUPRÊ5IE LOI
J'ai dit qu'un grand État* devenu accessoire d'un autre, s'aObiblissoit, et même affoiblissoit le principal. On sait que TÉtat a intérêt d'avoir son chef chez lui, que les revenus publics soient bien administrés, que sa monnoie ne sorte point pour enrichir un autre pays*. Il est important que celui qui doit gouverner ne soit point imbu de
1. Voyez ci-dessus, liy. V, ch. xiv; Uy. Vin, ch. ivi-xx ; liy. IX, cb. iv-vii, etliv. X, ch. ix etx. (M.).
S. C*est une des erreurs des derniers siècles. Si Is monnaie sort d*an pays, c*est pour payer des marchandises qui y entrent; il y a échange de yaleur, et non pas appauyrissement. Si J'achète pour cent mille francs de laines d'Espagne, qui yalent en France cent dix mille francs, en quoi ai-Jo appauvri la France et enrichi TEspagneen y enyoyant cent mille francs écus?
maximes étrangères; elles conviennent moins que celles qui sont déjà établies : d'ailleurs les hommes tiennent prodigieusement à leurs lois et à leurs coutumes ; elles font la félicité de chaque nation ; il est rare qu'on les change sans de grandes secousses et une grande effusion de sang, comme les histoires de tous les pays le font voir.
Il suit de là que, si un grand État a pour héritier le possesseur d*un grand État, le premier peut fort bien l'exclure, parce qu'il est utile à tous les deux États que l'ordre de la succession soit changé. Ainsi la loi de Russie, faite au commencement du règne d'Elisabeth, exclut-elle très-prudemment tout héritier qui posséderoit une autre monarchie; ainsi la loi de Portugal rejette-t-elle tout étranger qui seroit appelé à la couronne par le droit du sang.
Que si une nation peut exclure, elle a, à plus forte raison, le droit de faire renoncer. Si elle craint qu'un certain mariage n'ait des suites qui puissent ,lui faire perdre son indépendance, ou la jeter dans un partage, elle pourra fort bien faire renoncer les contractants, et ceux qui naîtront d'eux, à tous les droits qu'ils auroient sur elle ; et celui qui renonce, et ceux contre qui on renonce, pourront d'autant moins se plaindre, que l'État auroit pu faire une loi pour les exclure S
1. Âllusioa aux renonciations faites par la reine Marie-Thérèse, quand elle épousa Louis XI V^ et qui n*empéchèrent pas Louis XIV de réclamer comme héritage de sa femme les provinces françaises de la monarchie espagnole. La guerre du Palatinat eut une cause pareille.