‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 4)Chapitre 210 sur 488 · LIVRE XXVII, CHAPITRE UNIQUE. Si · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII, CHAPITRE UNIQUE. Si

privé dans ses derniers moments du commerce des bienfaits.

On trouva un moyen de concilier à cet égard les lois avec la volonté des particuliers. Il fut permis de disposer de ses biens dans une assemblée du peuple; et chaque testament fut, en quelque façon, un acte de la puissance législative.

La loi des Douze Tables permit à celui qui faisoit son testament, de choisir pour son héritier le citoyen qu'il vouloit. La raison qui fit que les lois romaines restreignirent si fort le nombre de ceux qui pouvoient succéder afr ifUestaty fut la loi du partage des terres; et la raison pourquoi elles étendirent si fort la faculté de tester, fut que le père pouvant vendre ses enfants \ il pouvoit, à plus forte raison, les priver de ses biens. C'étoient donc des effets différents, puisqu'ils couloient de principes divers ; et c'est l'esprit des lois romaines à cet égard.

Les anciennes lois d'Athènes ne permirent point au citoyen de faire de testament. Solon le permit *, excepté à ceux qui avoient des enfants; et les législateurs de Rome, pénétrés de Tidée de la puissance paternelle, permirent de tester au préjudice même des enfants. Il faut avouer que les anciennes lois d'Athènes furent plus conséquentes que les lois de Rome. La permission indéfinie de tester, accordée chez les Romains, ruina peu à peu la disposition politique sur le partage des terres; elle introduisit, plus que toute autre chose, la funeste différence entre les richesses et la pauvreté; plusieurs partages furent assem-

1. Denys d*HaIicarnasse prouve, par une loi de Numa, que la loi qui permettoit au père de vendre son fils trois fois, étoit une loi de Roniulus, non pas des décemvirs. Liv. II. (M.)

i. Voyez Plutarque, Vie de Solon. (M.)

m DB L'ESPRIT DES LOIS.

blés sur une même tète; des citoyens eurent trop, une infinité d'autres n'eurent rien. Aussi le peuple, continuellement privé de son partage, demanda-t-il sans cesse une nouvelle distribution des terres ^ Il la demanda dans le temps où la frugalité, la parcimonie et la pauvreté faisoient le caractère distinctif des Romains, comme dans les temps où leur luxe fut porté à l'excès •.

Les testaments étant proprement une loi faite dans r assemblée du peuple, ceux qui étoient à l'armée se trou- V oient privés de la faculté de tester. Le peuple donna aux soldats le pouvoir de faire*, devant quelques-uns de leurs compagnons, les dispositions qu'ils auroient faites devant lui*.

Les grandes assemblées du peuple ne se faisoient que deux fois l'an; d'ailleurs le peuple s'étoit augmenté et les affaires aussi. On jugea qu'il convenoit de permettre à tous les citoyens de faire leur testament devant quelques citoyens romains pubères ', qui représentassent le corps du peuple : on prit cinq citoyens*, devant lesquels Thé-

I . JjQ peuple romain ne demandait point une nouvelle distribution des terres; il ne s'agissait pas do remettre ea commun le patrimoine des citoyens, et de donner à chaque père de famille une part égale dans ce nouveau domaine. Non, ce que demandait la plèbe et les tribuns, Tobjet des lois agraires, c'était le partage des terres publiques. On ne poursuivait pas une égalité chimérique, on voulait seulement attribuer aux citoyens une part de ce qu'ils avaient conquis comme soldats.

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