‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 4)Chapitre 26 sur 488 · LIVRE XXII, CHAP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE XXII, CHAP. XI

guerre punique; mais ce qu'ils firent dans la seconde nous marque une sagesse admirable. La république ne se trouvoit point en état d'acquitter ses dettes; Tas pesoit deux onces de cuivre; et le denier, valant dix as, valoit vingt onces de cuivre. La république fit des as d'une once de cuivre* ; elle gagna la moitié sur ses créanciers'; elle paya un denier avec ces dix onces de cuivre. Cette opération donna une grande secousse à l'État; il falloit la donner la moindre qu'il étoit possible; elle conlenoit une injustice, il falloit qu'elle fût la moindre qu'il étoit possible. Elle avoit pour objet la libération de la république envers ses citoyens, il ne falloit pas qu'elle eût celui de la libération des citoyens entre eux. Cela fit faire une seconde opération; et Ton ordonna que le denier, qui n'avoit été jusque-là que de dix as, en contiendroit seize. Il résulta de cette double opération que, pendant que les créanciers de la république perdoient la moitié', ceux des particuliers ne perdoient qu'un cinquième*; les marchandises n'augmentoient que d'un cinquième; le changement réel dans la monnoie n'étoit que d'un cinquième : on voit les autres conséquences.

Les Romains se conduisirent donc mieux que nous, qui, dans nos opérations, avons enveloppé et les fortunes publiques et les fortunes particulières. Ce n'est pas tout : on va voir qu'ils les firent* dans des circonstances plus favorables que nous.

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