‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 4)Chapitre 261 sur 488 · COMMENT LA PREUVB PAR LE COMBAT S'ÉTENDIT · texte numérisé non relu

COMMENT LA PREUVB PAR LE COMBAT S'ÉTENDIT

On pourroit conclure de la lettre d'Agobard à Louis le Débonnaire, que la preuve par le combat n'étoit point en usage chez les Francs, puisqu'aprës avoir remontré à ce prince les abus de la loi de Gondebaud, il ^ demande qu'on juge en Bourgogne les affaires par la loi des Francs. Mais, comme on sait d'ailleurs que, dans ce temps-là, le combat judiciaire étoit en usage en France, on a été dans l'embarras. Cela s'explique par ce que j'ai dit: la loi des Francs saliens n'admettoit point cette preuve, et celle des Francs ripuaires * la recevoit.

Mais, malgré les clameurs des ecclésiastiques, l'usage du combat judiciaire s'étendit tous les jours en France; et je vais prouver tout à l'heure que ce furent eux-mêmes qui y donnèrent lieu en grande partie.

C'est la loi des Lombards qui nous fournit cette preuve. c( Il s' étoit introduit depuis longtemps une détestable coutume (est-il dit dans le préambule de k constitution d'Othon II) ; c'est que, si la chartre de quelque héritage étoit attaquée de faux, celui qui la présentoit faisoit serment sur les Évangiles qu'elle étoit vraie; et, sans aucun

1. Si placeret domino noitro ut eus transferret ad Ugêtn Francorum. (IL) i. Voyei cette loi, tit u\, S 4> ettit lxvii, S S* (M.)

jugement préalable, il se rendoît propriétaire de l'héritage; ainsi les parjures étoient sûrs d'acquérir.* » Lorsque l'empereur Othon I se fit couronner à Rome ', le pape Jean XII tenant un Concile, tous les seigneurs ' d'Italie s'écrièrent qu'il falloit que l'empereur fît une loi pour corriger cet indigne abus. Le pape et l'empereur jugèrent qu'il falloit renvoyer l'affaire au concile qui devoit se tenir peu de temps après à Ravenne ^. Là, les seigneurs firent les mêmes demandes, et redoublèrent leurs cris ; mais, sous prétexte de l'absence de quelques personnes, on renvoya encore une fois cette affaire. Lorsqu'Othon II, et Conrad ^ roi de Bourgogne, arrivèrent en Italie, ils eurent à Vérone * un colloque ^ avec les seigneurs d'Italie; et, sur leurs instances réitérées, l'empereur, du consentement de tous, fit une loi qui portoît que, quand il y auroit quelque contestation sur des héritages, et qu'une des parties voudroit se servir d'un^ chartre, et que l'autre soutiendroit qu'elle étoit fausse, l'affaire se décideroit par le combat ; que la même règle s'observeroit lorsqu'il s'agigiroit de matières de fief; que les églises seroient sujettes à la même loi, et qu'elles combattroient par leurs champions. On voit que la noblesse demanda la preuve par le

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