‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 4)Chapitre 339 sur 488 · LIVRE XXVIII, CHAP. XLV · texte numérisé non relu

LIVRE XXVIII, CHAP. XLV

culiers n'eussent d'autorité que par la vérité et la publicité des choses qu'ils disoient, on ne peut douter qu'elles n'aient beaucoup servi à la renaissance de notre droit françois. Tel étoit, dans ces temps-là, notre droit coutumier écrit.

Voici la grande époque. Charles VU et ses successeurs firent rédiger par écrit, dans tout le royaume, les diverses coutumes locales, et prescrivirent des formalités qui dévoient être observées à leur rédaction. Or, comme cette rédaction se fit par provinces, et que, de chaque seigneurie, on venoit déposer dans l'assemblée générale de la province les usages écrits ou non écrits de chaque lieu , on chercha à rendre les coutumes plus générales, autant que cela se put faire sans blesser les intérêts des particuliers qui furent réservés K Ainsi nos coutumes prirent trois caractères; elles furent écrites, elles furent plus générales, elles reçurent le sceau de l'autorité royale.

Plusieurs de ces coutumes ayant été de nouveau rédi-gées, on y fit plusieurs changements, soit en ôtant tout ce qui ne pouvoît compatir avec la jurisprudence actuelle, soit en ajoutant plusieurs choses tirées de cette jurisprudence.

Quoique le droit coutumier soit regardé parmi nous comme contenant une espèce d'opposition avec le droit romain, de sorte que ces deux droits divisent les territoires, il est pourtant vrai que plusieurs dispositions du droit romain sont entrées dans nos coutumes, surtout lorsqu'on en fit de nouvelles rédactions, dans des temps qui ne sont pas fort éloignés des nôtres, où ce droit étoit

1. Cela se fit ainsi lors de la rédaction des coutumes de Berry et de Paris. Voyez La Thaumassiëre, ch m. (M.)

l'objet des connoissances de tous ceux qui se destinoieQt aux emplois civils; dans des temps où l'on ne faisoit pas gloire d'ignorer ce que l'on doit savoir, et de savoir ce que l'on doit ignorer; où la facilité de l'esprit servoit pins à apprendre sa profession qu'à la faire; et où les amusements continuels n'étoient pas même l'attribut des femmes.

Il auroit fallu* que je m'étendisse davantage à la fin de ce livre; et qu'entrant dans de plus grands détails, j'eusse suivi tous les changements insensibles qui, depuis l'ouverture des appels, ont formé le grand corps de notre jurisprudence françoise. Maie j'aurois mis un grand ouvrage dans un gr^nd ouvrage. Je suis comme cet antiquaire ' qui partit de son pays, arriva en Egypte, jeta on coup d'œil sur les Pyramides, et s'en retourna.

1. A. B. Tout ce que J*ai dit de la formatioa de nos lois citUm 6eoibl«-> roît me conduire à donner aussi la théorie de nos lois politiques; mais ce seroit un grand ouvrage. Je suis comme cet antiquaire, etc.

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