De moribus Germ,. c. xiii etxiv. (M
4t0 DE L'ESPRIT DES LOIS.
On se rend célèbre dans sa nation et chez les peuples voisins, si Ton surpasse les autres par le nombre et le courage de ses compagnons : on reçoit des présents; les ambassades viennent de toutes parts. Souvent la réputation décide de la.guerre. Dans le combat, il est honteux au prince d*étre inférieur en courage ; il est honteux à la troupe de ne point égaler la vertu du prince; c'est une infamie éternelle de lui avoir survécu. L'engagement le plus sacré, c'est de le défendre. Si une cité est en paix, les princes vont chez celles qui font la guerre ; c'est par là qu'ils conseiTent un grand nombre d'amis^. Ceux-ci reçoivent d'eux le cheval du combat et le javelot terrible. Les repas peu délicats, mais grands, sont une espèce de solde pour eux. Le prince ne soutient ses libéralités que par les guerres et les rapines. Vous leur persuaderiez bien moins de labourer la terre et d'attendre l'année *, que d'appeler l'ennemi et de recevoir des blessures ; ils n'acquerront pas par la sueur ce qu'ils peuvent obtenir par le sang. »
Ainsi, chez les Germains, il y avoit des vassaux, et non pas des fiefs. Il n'y avoit point de fiefs, parce que les princes n'avoient point de terres à donner ; ou plutôt les fiefs étoient des chevaux de bataille, des armes, des repas. Il y avoit des vassaux, parce qu'il y avoit des hommes fidèles qui étoient lies par leur parole, qui étoient engagés pour la guerre, et qui faisoient à peu près le même service que l'on fit depuis pour les fiefs.
1. A : et ils ne conservent un grand nombre d*aniis que par la fore et par la guerre.