‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 4)Chapitre 384 sur 488 · C'est-à-dire la moisson · texte numérisé non relu

C'est-à-dire la moisson

CHAPITKE IV.

CONTINUATION [>U uàUE SUJET. ^

César* dit que « quand un des princes déclaroît à l'assemblée qu'il avoit formé le projet de quelque expédition, et demandoit qu'on le suivît, ceux qui approiivoient le chef et l'entreprise selevoleot^ et offrolent leur secours. Ils étoîent loués par la multitude. Mais s'ils ne remplisaoicnt pas leur engagement, ils perd oient la confiance publique, et on les regardoit comme des déserteurs et des traîtres ».

Ce que dit ici César, et ce que nous avons dit dans le chapitre précédent, après Tacite, est le germe de rhistoire de la première race.

11 ne faut pas êlre étonné que les rois aient toujours eu à chaque expédition de nouvelles armées à refaire, d'autres troupes à persuader, de nouvelles gens à engager; qu'il ait fallu, pour acquérir beaucoup, qu'ils répandissentbeaucoup; qu'ilsacquisscnlsanscesseparle partage des ten'es et des dépouilles, et qu'ils donnassent sans cesse ces terres et ces dépouilles; que leur domaine grossît continuellement, et qu'il diminuât sans cesse; qu'un père qui donnoit à un de ses enfants un royaume, y joignît toujours un trésor*; que le trésor du roi fût regardé

I* D€ Mh Gaiiko, Ijv- Vl,tap. \\u. (M*) 3. Voyez la Vlo do DagobeH. (M*)

On se rend célèbre dans sa nation et chez les peuples voisins, si l'on surpasse les autres par le nombre et le courage de ses compagnons : on reçoit des présents; les ambassades viennent de toutes parts. Souvent la réputation décide de IsLguerre. Dans le combat, il est honteux au prince d'être inférieur en courage ; il est honteux à la troupe de ne point égaler la vertu du prince; c'est une infamie étemelle de lui avoir survécu. L'engagement le plus sacré, c'est de le défendre. Si une cité est en paix, les princes vont chez celles qui font la guerre ; c'est par là qu'ils consei-vent un grand nombre d'amis^ Ceux-ci reçoivent d'eux le cheval du combat et le javelot terrible. Les repas peu délicats, mais grands, sont une espèce de solde pour eux. Le prince ne soutient ses libéralités que par les guerres et les rapines. Vous leur persuaderiez bien moins de labourer la terre et d'attendre l'année ", que d'appeler l'ennemi et de recevoir des blessures ; ils n'acquerront pas par la sueur ce qu'ils peuvent obtenir par le sang. »

Ainsi, chez les Germains, il y avoit des vassaux, et non pas des fiefs. II n'y avoit point de fiefs, parce que les princes n'avoient point de terres à donner ; ou plutôt les fiefs étoient des chevaux de bataille, des armes, des repas. Il y avoit des vassaux, parce qu'il y avoit des hommes fidèles qui étoient liés par leur parole, qui étoient engagés pour la guerre, et qui faisoient à peu près le même service que l'on fit depuis pour les fiefs.

1. A : et ils ne conservent un grand nombre d*amis que par la fore et par la guerre.

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