‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 4)Chapitre 92 sur 488 · CHANGEMENTS ARRIVES EN EUROPE PAR RAPPORT AU NOMBRE DES HABITANTS · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS ARRIVES EN EUROPE PAR RAPPORT AU NOMBRE DES HABITANTS

Dans l'état OÙ étoit rEurope, on n'auroitpascni qu'elle pût se rétablir; surtout lorsque, sous Charlemagne, elle ne forma plus qu'un vaste empire. Mais, par la nature du gouvernement d'alors, elle se partagea en une infinité de petites souverainetés. Et, comme un seigneur résidoit dans son village ou dans sa ville ; qu'il n'étoit grand, richa, puissant, que dis-je, qu'il n'était en sûreté que par le nombre de ses habitants, chacun s'attacha avec une attention singulière à faire fleurir son petit pays : ce qui réussit tellement, que, malgré les irrégularités du gouvernement, le défaut des connoissances qu'on a acquises depuis sur le commerce, le grand nombre de guerres et de querelles qui s'élevèrent sans cesse, il y eut dans la plupart des contrées d'Europe plus de peuple qu'il n'y en a aujourd'hui *.

Je n'ai pas le temps de traiter à fond cette matière ; mais je citerai les prodigieuses années des croisés, composées de gens de toute espèce. M. Pufendorff dit * que

1. La quesUon soulevée par Montesquieu n'est point résolue ; elle mérite Texamen ; nous n'avons qae des données très-vagues sur la population des différents pays de TEurope au moyen âge.

2. Histoire de l'univers, ch. v, de la France. (M.) Ce chiffre demanderait

iÛ6 DE L'ESPRIT DES LOIS.

SOUS Charles IX il y avolt vingt millions d'hommes en France.

Ce sont les perpétuelles réunions de plusieurs petits États, qui ont produit cette diminution. Autrefois chaque village de France étoit une capitale ; il n*y en a aujourd'hui qu'une grande : chaque partie de l'État étoit un centre de puissance; aujourd'hui tout se rapporte à un centre; et ce centre est, pour ainsi dire, l'État même*.

à être examiné de près. U n'est aucunement prouvé que la France de Charles IX fût plus peuplée que celle de Louis XIV. i. Lettres persanes^ CXIII.

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