‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 4)Chapitre 96 sur 488 · COMMENT ON PEUT REMEDIER A LA DEPOPULATION · texte numérisé non relu

COMMENT ON PEUT REMEDIER A LA DEPOPULATION

Lorsqu'un État se trouve dépeuplé par des accidents particuliers, des guerres, des pestes, des famines, il y a des ressources. Les hommes qui restent peuvent conserver l'esprit de travail et d'industrie ; ils peuvent chercher à reparer leurs malheurs, et devenir plus industrieux par leur calamité même. Le mal presque incurable est lorsque la dépopulation vient de longue main, par un vice intérieur et un mauvais gouvernement. Les hommes y ont péri par une maladie insensible et habituelle : nés dans la langueur et dans la misère, dans la violence ou les préjugés du gouvernement, ils se sont vu détruire, souvent sans sentir les causes de leur destruction. Les pays désolés par le despotisme, ou par les avantages excessifs du clergé sur les laïques, en sont deux grands exemples*.

Pour rétablir un État ainsi dépeuplé, on attendroit en vain des secours des enfants qui pourroient naître. II n'est plus temps; les hommes, dans leur désert, sont sans courage et sans industrie. Avec des terres pour nourrir un peuple, on a à peine de quoi nourrir une famille. Le bas peuple, dans ces pays, n'a pas même de part à leur misère, c'est-à-dire aux friches dont ils soat remplis. Le clergé,

1 . C'est, je crois, l'Espagne que Tauteur a en vne dans ce chapitre.

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