TIBERE
Comme on voit un fleuve miner lentement et sans bruit les digues qu'on lui oppose, et enfin les renverser dans un moment, et couvrir les campagnes qu'elles conservoient ; ainsi la puissance souveraine, sous Auguste, agit insensiblement, et renversa ', sous Tibère, avec violence.
Il y avoit une loi de majesté contre ceux qui commettoient quelque attentat contre le peuple romain'. Tibère se saisit de cette loi, et l'appliqua, non pas aux cas pour lesquels elle avoit été faite, mais à tout ce qui put servir sa haine ou ses défiances. Ce n'étoient pas seulement les actions qui tomboient dans le cas de cette loi ; mais des paroles, des signes et des pensées même : car ce qui se dit dans ces épancbements de cœur que la conversation produit entre deux amis, ne peut être regardé que comme des pensées. Il n'y eut donc plus de liberté dans les festins, de confiance dans les parentés, de fidélité dans les esclaves : la dissimulation et la tristesse du prince se communiquant partout, l'amitié fut regardée comme unécueil, l'ingénuité comme une imprudence, la vertu comme une
1. Comp. SaÎDt-Évremond : BéfUxions sur lês Romains, ch. xvii.
2. C*estràrdir8 renversa toutes les institutions républicaines, et emporta la liberté.