A : C'est que les empereurs, etc
DES ROMAINS, CHAP. XVI. Soi
milice, furent presque tous étrangers et quelquefois barbares; Rome ne fut plus là maîtresse du monde, mais elle reçut des lois de tout l'univers.
Chaque empereur y porta quelque chose de son pays, ou pour les manières, ou pour les mœurs, ou pour la police, ou pour le culte; et Héliogabale alla jusqu'à vouloir détruire tous les objets de la vénération de Rome, et ôter tous les dieux de leurs temples pour y placer le âen.
Ceci, indépendamment des voies secrètes que Dieu choisit S et que lui seul connoit, servit beaucoup à rétablissement de la religion chrétienne; car il n'y avoit plus rien d'étranger dans Fempire, et l'on y étoit préparé à recevoir toutes les coutumes qu'un empereur voudroit introduire.
On sait que les Romains reçurent dans leur ville les dieux des autres pays. Us les reçurent en conquérants*; ils les faisoient porter dans les triomphes ; mais, lorsque les étrangers vinrent eux-mêmes les établir, on les réprima d'abord. On sait de plu& que les Romains avoient coutume de donner aux divinités étrangères les noms de celles des leurs qui y avoient le plus de rapport ' ; mais, lorsque les prêtres des autres pays voulurent faire adopter à Rome leurs divinités sous leurs propres noms, ils ne furent pas soufferts ; et ce fut un des grands obstacles que trouva la religion chrétienne.
On pourroit appeler Caracalla ^, non pas un tyran, mais le destructeur des hommes. Caligula, Néron et Domi-
i. A. Que Dieu employa.
2. A : mais ils les reçurent en conquérants, les faisant porter, etc.
3. Voyez, par exemple, les commentaires de César, liv. VI, ch. xvii.
4. A. On pourroit appeler Caracalla, qui succéda à Sévère, etc.
tien bornoient leurs cruautés dans Rome; celui-ci alloit promener sa fureur dans tout l'univers.
Sévère avoit employé les exactions d'un long règne, et les proscriptions de ceux qui avoient suivi le parti de ses concurrents, à amasser des trésors immenses.
Caracalla ayant commencé son règne par tuer, de sa propre main, Géta son frère, employa ces richesses à faire souffrir son crime aux soldats, qui aimoient Géta, et disoient qu'ils avoient fait serment aux deux enfants de Sévère, non pas à un seuL
Ces trésors, amassés par des princes, n'ont presque jamais que des effets funestes : ils corrompent le successeur, qui en est ébloui ; et, s'ils ne gâtent pas son cœur, ils gâtent son esprit. Il forme d'abord de grandes entreprises avec une puissance qui est d'accident, qui ne peut pas durer, qui n'est pas naturelle, et qui est plutôt enflée qu'agrandie.
Caracalla' augmenta la paye des soldats; Macrin écrivit au sénat que cette augmentation alloit à soixante et dix millions ^ de drachmes ^. U y a apparence que ce prince enfloit les choses; et, si l'on compare la dépense de la paye de nos soldats d'aujourd'hui avec le reste des dépenses publiques, et qu'on suive la même proportion pour les Romains, on verra que cette somme eût été énorme '.
n faut chercher quelle étoit la paye du soldat romain. Nous apprenons d'Orose que Domitien augmenta d'un
i. Sept mille myriades. Dion, m Macrin. ( M.)
2. La drachme attique étoit le denier romain, la huitième partie de ronce et la soixante -quatrième partie de notre marc. (M.) Soixante-dix millions de drachmes équivalent à soixante millions huit cent soixante et un mille francs.