‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 142 sur 217 · Cicéron, Des Offices, liv. H. (M · texte numérisé non relu

Cicéron, Des Offices, liv. H. (M

avoit tant donné, lui fit bâtir un temple, et y établit des prêtres flamines en son honneur ^

Cela fit que sa mémoire ne fut pas flétrie ; et que, le sénat n'osant pas le juger, il ne fut pas mis au rang des tyrans, comme Commode, qui ne le méritoit pas plus que

lui».

De deux grands empereurs, Adrien et Sévère*, l'un établit la discipline militaire , et l'autre la relâcha* Les effets répondirent très-bien aux causes : les règnes qui suivirent celui d'Adrien furent heureux et tranquilles ; après Sévère, on vit régner toutes les horreurs.

Les profusions de Caracalla envers les soldats avoient été immenses; et il avoit très-bien suivi le conseil que son père lui avoit donné en mourant, d'enrichir les gens de guerre, et de ne s'embarrasser pas des autres.

Mais cette politique n'étoit guère bonne que pour un règne; car le successeur, ne pouvant plus faire les mêmes dépenses, étoit d'abord massacré par l'armée : de façon qu'on voyoit toujours les empereurs sages mis à mort par les soldats, et les méchants par des conspirations ou des arrêts du sénat.

Quand un tyran, qui se livroit aux gens de guerre, avoit laissé les citoyens exposés à leurs violences et à leurs rapines, cela ne pouvoit non plus durer qu'un règne; car les soldats, à force de détruire, alloient jusqu'à s'ôter à eux-mêmes leur solde. Il falloit donc songer

i. A : Caracalla, pour diminuer Tborreur de son action, mit Géta au rang des dieux^ et ce qu*il y a de singulier, etc... voulant apaiser les soldats prétoriens qui regrettoient ce prince, qui, etc.

3. ^lius Lampridius, m vita Akx. S$veri, (M.) 3. Voyez TAbrégé de Xipbilin, Vie d'Adrien, et Hérodien, Vie de Sévère. (M.)

à rétablir la disciplioe militaire; entreprise qui coûtoit toujours la vie à celui qui osoit la tenter.

Quand Caracalla eut été tué par les embûches de Macrin, les soldats, désespérés d'avoir perdu un prince qui donnoit sans mesure, élurent Héliogabale^ ; et quand ce dernier, qui, n'étant occupé que de ses sales voluptés, les laissoit vivre à leur fantaisie, ne put plus être souffert, ils le massacrèrent; ils tuèrent de même Alexandre, qui vouloit rétablir la discipline, et parloit de les punir '•

Ainsi un tyran', qui ne s'assuroit point la vie, mais le pouvoir de faire des crimes, périssoit avec ce funeste avantage, que celui qui voudroit faire mieux périroit après lui.

Après Alexandre, on élut Maximin, qui fut le premier empereur d'une origine barbare. Sa taille gigantesque et la force de son corps l'avoient fait connoltre.

Il fut tué avec son fils par ses soldats. Les deux premiers Gordiens périrent en Afrique. Maxime, Balbin et le troisième Gordien furent massacrés. Philippe, qui avoit fait tuer le jeune Gordien, fut tué lui-même avec son fils; et Dèce, qui fut élu en sa place, périt à son tour par la trahison de Gallus*.

1. Dans ce temps-là, tout le monde se croyoit bon pour parvenir à l*empire. Voyez Dion, Ht. LXXIX. (M.)

'Ji Voyez Lampridius in vUa Alex. Severi, c. uz. (Bf.)

3.' A. met ici la note suivante : Ces libéralités faites aux soldats venoient d'une pratique ancienne dans la république; celui qui triomphoit distribuoit quelques deniers à chaque soldat de Fargent pris sur les ennemis; c*étoit peu de chose. Dans les guerres civiles, les soldats et le chef étant également corrompus, ces dons devinrent immenses, quoiqu'ils fussent pris sur les biens des citoyens, et les soldats vouloient un partage là où il n'y avoit pas de butin. César, Octave, Antoine, donnèrent souvent josqu'à cinq mille deniers au simple soldat, le double au chef de file, aux autres à proportion. Un denier romain valoit dis asses ou dix livres de cuivre. (M.)

4. Casaubon remarque, sur Hiistoireaugustale, que, dans les cent soixante

Ce qu'on appeloit l'empire romain, dans ce siëcle-là, étoit une espèce de république irrégulière, telle à peu près que raristocralie d'Alger, où la milice, qui a la puissance souveraine, fait et défait un magistrat qu'on appelle le dey : et peut-être est-ce une règle assez générale, que le gouvernement militaire est, à certains égards, plutôt républicain que monarchique.

Et qu'on ne dise pas que les soldats ne prenoient de part au gouvernement que par leur désobéissance et leurs révoltes : les harangues que les empereurs leur faisoient ne furent-elles pas à la fin du genre de celles que les consuls et les tribuns avoient faites autrefois au peuple? Et, quoique les armées n'eussent pas un lieu particulier pour s'assembler, qu'elles ne se conduisissent point par de certaines formes, qu'elles ne fussent pas ordinairement de sang-froid, délibérant peu et agissant beaucoup, ne disposoient-elles pas en souveraines de la fortune publique? Et qu*étoit-ce qu'un empereur, que le ministre d'un gouvernement violent, élu pour l'utilité particulière des soldats?

Quand l'armée associa à l'empire PhilippeS qui étoit préfet du prétoire du troisième Gordien, celui-ci demanda qu'on lui laissât le commandement entier, et il ne put l'obtenir ; il harangua l'armée, pour que la puissance fût égale entre eux, et il ne l'obtint pas non plus; il supplia qu'on lui laissât le titre de César, et on le lui refusa ; il

années qa*elle contient, il y eut soixante-dix personnes qui eurent, justement ou injustement, le titre de César : Adeo erarU in illo principatu, quem tamen omîtes mirantur, comitia imperii sêmpêr incerta. Ce qui fait bien voir la différence de ce gouvernement à celui de France, où ce royaume n*a eu, en douze cents ans de temps, que soixante-trois rois. (M.)

1. Voyez Jules Capitolin, m vita Gordiani teriii, c. xxx. (M.)

Page 1