Dacas, Histoire d$s derniers Paléologues. (M
4. On 86 demandoit si on avoit entendu la messe d'un prètro qui eût consenti à Tunion ; on l'auroit fui comme le feu : on regardoit la grande église comme un temple profane. Le moine Gennadius laoçoit ses anathèmea sur tous ceux qui désiroient la paix. Ducas, f6icf. (M.)
bien l'impuissance où étoient et où seront toujours les théologiens, par eux-mêmes, d'accommoder jamais leurs différends. On y voit un empereur' qui passe sa vie à les assembler, à les écouter, à les rapprocher : on voit, de l'autre, une hydre de disputes gui renaissent sans cesse ; et l'on sent qu'avec la même méthode, la même patience, les mêmes espérances, la même envie de fmir^ la même simplicité pour leurs intrigues, le même respect pour leurs haines, ils ne se seroient jamais accommodés qu'à la fin du. monde.
En voici un exemple bien remarquable. A la sollicitation de l'empereur, les partisans du patriarche Arsène firent une convention avec ceux qui suivoient le patriarche Joseph, qui portoit que les deux partis écriroient leurs prétentions, chacun sur un papier; qu'on jetteroit les deux papiers dans un brasier; que, si l'un des deux demeuroit entier, le jugement de Dieuseroit suivi ; et que, si tous les deux étoient consumés, ils renonceroient à leurs diiïérends. Le feu dévora les deux papiers; les deux partis se réunirent, la paix dura un jour ; mais, le lendemain, ils dirent que leur changement auroit dû dépendre d'une persuasion intérieure, et non pas du hasard, et la guerre recommença plus vive que jamais*.
On doit donner une grande attention aux disputes des théologiens, mais il faut la cacher autant qu'il est pos* sible : la peine qu'on paroit prendre à les calmer les accréditant toujours, en faisant voir que leur manière de penser est si importante qu'elle décide du repos de l'État et de la sûreté du prince.
i. Andronic Paléologue. ( M.) 2. Pachymère, liv. I. (M.)
On ne peut pas plus finir leui^ aiïaires en écoutant leurs subtilités, qu'on ne pourroit abolir les duels en établissant des écoles où Ton raflineroit sur le point d'honneur*.
Les empereurs grecs eurent si peu de prudence, que, quand les disputes furent endormies, ils eurent la rage de les réveiller. Anastase*, Justinien', Héraclius^, Manuel Gommëne *, proposèrent des points de foi' à leur clergé et à leur peuple, qui auroit méconnu la vérité dans leur bouche, quand même ils Tauroient trouvée. Ainsi, péchant toujours dans la forme et ordinairement dans le fond, voulant faire voir leur pénétration, qu'ils auroient pu si bien montrer dans tant d'autres affaires qui leur étoient confiées, ils entreprirent des disputes vaines sur la nature de Dieu, qui, se cachant aux savants parce qu'ils sont oi^eilleux, ne se montre pas mieux aux grands de la terre.
C'est une erreur de croire qu'il y ait dans le monde une autorité humaine à tous les égards despotique ; il n'y en a jamais eu, et il n'y en aura jamais; le pouvoir le plus immense est toujours borné par quelque coin. Que le grand seigneur mette un nouvel impôt à Constantinople,
i. Rien de plus actuel que ces réflexions au temps où écrivait Tauteur. Le règne de Louis XV a été sans cesse troublé par des querelles de théologiens. Qu*on lise les mémoires de Matthieu Marais, de d*Argenson ou de Barbier, on verra que la théologie tenait alors en France la place qu*y tient aujourd'hui le politique. Les partis n*y étoient pas moins violents, ni les disputes moins stériles.
2. Evagre, liv. lU. (M.) A. dit: Léon, Justinien, etc.; il ne nomme point Anastase.