‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 2 sur 217 · Jtefioirei de Marais, t. III, p. ai · texte numérisé non relu

Jtefioirei de Marais, t. III, p. ai

Gn%de qu*il veut bien le dire? J'ai quelque peine à le croire, mais j'avoue qu'il fallait toute la liberté du xviii* siècle pour qu'un magistrat écrivit ce poème erotique, et le fît paraître avec approbation et privilège du Roi. 11 est vrai que l'œuvre ne portait pas de nom ; mais l'auteur se laissait aisément deviner. Au dernier siècle, l'anonyme n'était qu'une coquetterie de plus.

Quel motif poussa Montesquieu à faire un roman, dont le mérite, dit-il, ne peut être reconnu que par des lé tes bien frisées et bien poudrées? Est-ce une erreur de jeunesse? Non; en 1725 il entrait dans sa trente-sixième année. Si l'on en croyait une note de l'abbé de GuascoS Montesquieu lui aurait dit que « c'étoit une idée à laquelle M'*« de Clermont, princesse du sang, qu'il avoit l'iionneur de fréquenter, avoit donné occasion, sans autre but que de faire une peinture poétique de la volupté*, » A ce compte, la maligne M"** Du DeflTand avait doublement raison quand elle appelait ce petit poème Vapocalypse de la galanterie. Mais aujourd'hui on est moins crédule que l'excellent abbé de Guasco ; on se demande si Montesquieu lui a tout dit quand, en 1762, à dix-sept ans de distance, il lui a confié le secret du Temple de Gnide, Une phrase de Montesquieu, conservée dans ses Pensées : • A l'âge de trente-cinq ans j'aimois encore ; » le respect avec lequel le chantre de Gnide parle de Thémire, ces allégories qui ont l'air d'allusions perpétuelles, tout fait soupçonner un mystère qu'on laisse le soin d'éclaircir à ces curieux sans pitié, pour qui un livre est toujours une confession.

L'ouvrage fut accueilli avec faveur. Je ne dirai point avec d'Alembert que « M. de Montesquieu, après avoir été, dans les Leltres persanes, Horace, Théophraste et Lucien, fut Ovide et Anacréon dans le Temple de Gnide '. » De pareils éloges sont ridicules; mais je ne partage pas la mauvaise humeur de Sainte-Beuve, qui déclare que le Temple de Gnide est une erreur de goût et une méprise de talent'. U y trouve de la roideur et point de grâce. C'est trop de sévérité. Assurément ce petit poème ne tient pas une grande place dans notre littéra-

Page 1