‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditions (volume 5)Chapitre 43 sur 217 · Yillemaio, Eloge de Montesquieu · texte numérisé non relu

Yillemaio, Eloge de Montesquieu

inexorable, on y reconnaît que la liberté, avec ses dures conditions, est la loi de la vie humaine. Un peuple qui s'abandonne à un maître ne trouve même pas dans cet abandon le repos qu'envie sa lâcheté. Grandir par la vertu ou tomber et mourir par la honte, c'est la morale des Considéraiions ; c'est par là que ce livre est une lecture fortifiante. Il a gardé quelque chose de l'esprit stoïque si cher à Montesquieu.

11 nous reste à dire quelques mots des premières éditions et des principaux commentateurs des Considérations,

De 1734 à 17^6 11 y a eu six éditions, dans lesquelles on n'a pas changé sensiblement le texte ; mais en 17^8, Montesquieu a publié à Paris une nouvelle édition, revue^ corrigée et augmentée ^ L'approbation, datée de Versailles le 12 août ilUl^ est donnée par M. de Moncrir, qui déclare que dans les augmentations il na rien trouvé qui ne soit digne du livre et de Vauteur, C'est la première édition qui contienne une table de matières; c'est le texte reproduit, sauf quelques changements insignifiants, par l'édition de 1758; c'est celui que nous donnons, en y joignant les variantes des premières éditions.

Le premier qui commenta les Considérations fut, suivant toute apparence, le roi de Prusse Frédéric IL En lisant l'édition de 1734, il l'avait annotée pour son usage personnel. Ces notes, qu'on suppose écrites en 1748, étalent à la marge d'un exemplaire que Napoléon trouva dans la bibliothèque de Sans-Souci et qu'il emporta sans scrupule. A corsaire, corsaire et demi. Ce volume, déposé dans la bibliothèque de l'empereur, fut emprunté par M. de Talleyrand, qui oublia de le rendre*. On en a dernièrement retrouvé une copie qu'on va donner au public.

Ces notes sont plus curieuses pour nous faire connaître Fré-

1. Celle éditioB porte en tête ua frootispice d'Bisen, qui représente une divinité (Rome, tnitant toute apparence), assise sur son trône, et ajant à ses pieds, à gauche des couronnes el des armes semées A terre; à droite un lion couché. Mon exemplaire porte comme noms d'imprimeur : ■ A Paris, rue Saint-Jacques, chez Huart et Moreau fais, libraires do la Reine, et libraires-imprimeurs de Monseigneur le Dauphin, A la Justice el au grand saint Basile. M DCC XLVIII,in-lS. *

U j a d'autres exemplaires qui portent le nom des libraires Ouillyn, David l'atné et Durand, auxquels Huart avait cédé las deux tiers de son privilège.

%. Souvenirs hiitoriqwi du baron de Menoeval, secrétaire de l'empereur, t. UI, p. 160.

déric que pour éclaircir le texte de Montesquieu. Par exemple, Fauteur nous dit au chapitre v :

« Les rois de Macédoine étoient ordinairement des princes habiles. Lear monarchie n*étoit pas du nombre de celles qui vont par une espèce d*allure donnée dans le commencement. Continuellement instruits par les périls et par les affaires, embarrassés dans tous les démêlés des Grecs, il leur falloit gagner les principaux des villes, éblouir les peuples, diviser ou réunir les intérêts; enfin ils étoient obligés de payer de leur personne à chaque instant. »

Rien de plus vrai que cette peinture : elle frappe tous ceux qui ont étudié Thistoire ancienne; mais le coup a porté plus loin et Frédéric se reconnatt dans ce tableau.

« Ces rois de Macédoine, dit-Il, étoient ce qu'est un roi de Prusse et un roi de Sardaigne de nos jours, a

Si Montesquieu écrit avec grande raison : « César pardonna à tout le monde; mais il me semble que la modération que Ton montre après qu'on a tout usurpé, ne mérite pas de grandes louanges * ; • Frédéric proteste :

« Ceci est d'un critique outré. Sylla n*en usa pas avec autant de modération que César; une &me basse qui auroit pu se venger Tauroit pourtant fait. Mais César ne sait que pardonner. Il est toujours beau de pardonner, quand même on n*a plus rien à craindre. »

Sans doute il est beau de pardonner ... à des coupables. Mais pardonner à ceux dont on a égorgé les enfants, à ceux qu'on a dépouillés, ruinés, asservis le fer à la main, en violant toutes les lois et tous les serments, c'est un genre de clémence à l'usage des conquérants; il ne faut pas demander aux victimes de le comprendre, ni aux honnêtes gens de l'admirer.

Les Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains faisant partie des livres classiques qu'on met entre les mains de la jeunesse, on les a souvent annotées dans ces derniers temps. De savants professeurs, des littérateurs émé-

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