A. D*a point les mots : dans ces temps-ci
peuple, qui est aujourd'hui comme d'un à cent, y pouvoit être aisément^ comme d'un à huit.
Les fondateurs des anciennes républiques avoieot également partagé les terres : cela seul faisoit un peuple puissant, c'est-à-dire, une société bien réglée' ; cela faisoit aussi une bonne armée, chacun ayant un égal intérêt, et très-grand, à défendre sa patrie.
Quand les lois n'étoient plus rigidement observées, les choses revenoient au point où elles sont à présent parmi nous : l'avarice de quelques particuliers, et la prodigalité des autres, faisoient passer les fonds de terre dans peu de mains; et d'abord les arts s'introduisoient, pour les besoins mutuels des riches et des pauvres. Cela faisoit qu'il n'y avoit presque plus de citoyens, ni de soldats; car les fonds de terre, destinés auparavant à l'entretien de ces derniers, étoient employés à celui des esclaves et des artisans', instruments du luxe des nouveaux possesseurs : sans quoi l'État, qui, malgré son dérèglement, doit subsister, auroit péri^. Avant la corruption, les revenus
primitifs de l'État étoient partagés entre les soldats, c'est-à-dire, les laboureurs : lorsque la république étoit corrompue, ils passoient d'abord à des hommes riches, qui les rendoient aux esclaves et aux artisans, d'où ou en
i. A. Y pouvoit être à peu près comme d*uD à huit.
2. L*ôconomic politique a donné des idées plus Justes sur la vie des peuples. Personne aujourd'hui ne croira que le partage égal des terres puisse subsister dans un pays, et encore moins constituer un peuple puissant.
3. A. Car les fonds de terre employés auparavant à Tentretien de ces derniers, ne servoient plus qu*à celui des esclaves, etc.
4. A. Sans quoi TÉUt, etc., auroit péri; et ces sortes de gens ne poavoient être de bons soldats ; ils étoient lâches et déjà corrompus par le luxe des villes, etc.
retiroit, par le moyen des tributs, une partie pour l'entretien des soldats ^
Or, ces sortes de gens n'étoient guère propres à la guerre : ils étoient lâches, et déjà corrompus par le luxe des villes, et souvent par leur art même ; outre que, comme ils n'avoient point proprement de patrie, et qu'ils jouîssoient de leur industrie partout, ils avoient peu à perdre ou à conserver.
Dans un dénombrement de Rome', fait quelque temps après l'expulsion des rois, et dans celui que Démétrius de Phalëre fit à Athènes', il se trouva, à peu près, le môme nombre d'habitants; Rome en avoit quatre cent quarante mille; Athènes, quatre cent trente et un mille. Mais ce dénombrement de Rome tombe dans un temps où elle étoit dans la force de son institution ; et celui d'Athènes, dans uu temps où elle étoit entièrement corrompue. On trouva que le nombre des citoyens pubères faisoit, à Rome, le quart de ses habitants; et qu'il faisoit, à Athènes, un peu moins du vingtième : la puissance de Rome étoit donc à celle d'Athènes, dans ces divers temps, à peu près comme un quart est à un vingtième, c'est-à-dire, qu'elle étoit cinq fois plus grande^.
Les rois Agis et Cléomènes, voyant qu'au lieu de neuf mille citoyens* qui étoient à Sparte du temps de Lycurgue*,