‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditionsChapitre 109 sur 442 · LIVRE XIII, CHAP. VII · texte numérisé non relu

LIVRE XIII, CHAP. VII

physique égal, que ce nécessaire physique ne devoit point être taxé; que Futile venoit ensuite, et qu'il devoit être taxé, mais moins que le superflu ; que la grandeur de la taxe sur le superflu empèchoit le superflu.

Dans la taxe sur les terres, on fait des rôles où Ton met les diverses classes des fonds. Mais il est très-difiicile de connoitre ces différences, et encore plus de trouver des gens qui ne soient point intéressés à les méconnottre. Il y a donc là deux sortes d'injustices : l'injustice de l'homme et l'injustice de la chose. Mais si en général la taxe n'est point excessive, si on laisse au peuple un nécessaire abondant, ces injustices particulières ne seront rien. Que si, au contraire, on ne laisse au peuple que ce qu'il lui faut à la rigueur pour vivre, la moindre disproportion sera de la plus grande conséquence.

Que quelques citoyens ne paient pas assez, le mal n'est pas grand; leur aisance revient toujours au public; que quelques particuliers paient trop, leur ruine se tourne contre le public. Si l'État proportionne sa fortune à celle des particuliers, l'aisance des particuliers fera bientôt monter sa fortune. Tout dépend du moment. L'État commencera-t-il par appauvrir les sujets pour s'enrichir? ou attendra- 1- il que des sujets à leur aise l'enrichissent? Aura-t-il le premier avantage, ou le second? Commencerat-il par être riche, ou finira-t-il par l'être?

Les droits sur les marchandises sont ceux que les peuples sentent le moins, parce qu'on ne leur fait pas une demande formelle'. Ils peuvent être si sagement ménagés, que le peuple ignorera presque qu'il les paie. Pour cela, il est d'une grande conséquence que ce soit celui qui vend

i. Inf., ch. iiv.

la marchandise qui paie le droit. Il sait bien qu'il ne paie pas pour lui; et Tacheteur, qui dans le fond paie S le confond avec le prix. Quelques auteurs ont dit que Néron avoit ôté le droit du vingt-cinquième des esclaves qui se vendoient'; il n' avoit pourtant fait qu'ordonner que ce seroit le vendeur qui le paieroit, au lieu de l'acheteur : ce règlement, qui laissoit tout Timpôt, parut l'ôter.

Il y a deux royaumes en Europe où l'on a mis des impôts très-forts sur les boissons : dans l'un', le brasseur seul paie le droit; dans l'autre, il est levé indifféremment sur tous les sujets qui consomment*. Dans le premier, personne ne sent la rigueur de l'impôt; dans le second, il est regardé comme onéreux : dans celui-là, le citoyen ne sent que la liberté qu'il a de ne pas payer ; dans celuici il ne sent que la nécessité qui l'y oblige.

D'ailleurs, pour que le citoyen paie, il faut des recherches perpétuelles dans sa maison. Rien n'est plus contraire à la liberté; et ceux qui établissent ces sortes d'impôts n'ont pas le bonheur d'avoir à cet égard rencontré la meilleure sorte d'administration.

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