‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditionsChapitre 150 sur 442 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DES LOIS CONTRE CEUX QUI SE TUENT * EUX-MÊlIKS.

Nous ne voyons point dans les histoires que les Romains se fissent mourir sans sujet; mais les Anglois se tuent sans qu'on puisse imaginer aucune raison qui les y détermine, ils se tuent dans le sein même du bonheur*. Cette action, chez les Romains, étoit l'effet de l'éducation ; elle tenoit à leur manière de penser et à leurs coutumes : chez les Anglois, elle est l'effet d'une maladie ^ elle tient à l'état physique de la machine, et est indépendante de toute autre cause.

Il y a apparence que c'est un défaut de filtration du suc nerveux; la machine, dont les forces motrices se trouvent à tout moment sans action, est lasse d'ellemême ; l'âme ne sent point de douleur, mais une certaine difficulté de l'existence. La douleur est un mal local qui

i. L*action de ceux qui se tuent cu\-mômes est contraire à la loi naturelle et à la religion révélée. (M.) Cette note n^est pas dans les premières éditions. £n sa qualité de stoïcien, Montesquieu a toujours été plus qu'indulgent pour le suicide. V. Lettres persanet, LXXVI et LXXVII; Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains, ch. xni.

2. « n n*y a pas de nation qui ait plus besoin de religion que les Anglois Ceux qui n'ont pas peur de se pendre doivent avoir la peurd*6tre damnés. » Montesquieu, Pensées diverses.

3. Elle pourroit bien être compliquée avec le scorbut qui, surtout dans quelques pays, rend un homme bizarre et insupportable à lui-même Voyage de François Pyrard, part. II, chap. xxi. (M.)

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