‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditionsChapitre 225 sur 442 · LIVRE XVII, CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE XVII, CHAP. V

ennemis de la Chine; mais cela n'empêche pas qu'ils n'aient porté dans la Tartarie l'esprit du gouvernement chinois.

Souvent une partie de la nation tartare qui a conquis, est chassée elle-même ; et elle rapporte dans ses déserts un esprit de servitude qu'elle a acquis dans le climat de l'esclavage. L'histoire de la Chine nous en fournit de grands exemples, et notre histoire ancienne aussi ^

C'est ce qui a fait que le génie de la nation tartare ou gétique a toujours été semblable à celui des empires de l'Asie. Les peuples, dans ceux-ci, sont gouvernés par le bâton ; les peuples tartares, par les longs fouets. L'esprit de l'Europe a toujours été contraire à ces mœurs : et, dans tous les temps, ce que les peuples d'Asie ont appelé punition, les peuples d'Europe l'ont appelé outrage *.

Les Tartares détruisant l'empire grec^ établirent dans les pays conquis la servitude et le despotisme ; les Goths ' conquérant l'empire romain, fondèrent partout la monarchie et la liberté.

Je ne sais si le fameux Rudbeck ^, qui, dans son Atlantique, a tant loué la Scandinavie, a parlé de cette grande prérogative qui doit mettre les nations qui l'habitent, au-dessus de tous les peuples du monde ; c'est qu'elles

1. Les Scythes conquirent trois fois TAsie, et en furent trois fois chassés. Justin, li?. II, c. m. (M.)

2. Ceci n'est point contraire à ce que je dirai au liv. XXIU, chap. xx, sur la manière de penser des peuples germains sur le b&ton. Quelque instrument que ce (ùt, ils regardèrent toujours comme un affront le pouvoir ou Taction arbitraire de battre. (M.) Cette note a paru pour la première fois dansB.

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