DE L ETAT POLITIQUE DES PEUPLES QUI NE CULTIVENT POINT LES TERRES
Ces peuples jouissent d'une grande liberté : car, comme ils ne cultivent point les terres, ils n'y sont point attachés ; ils sont errants, vagabonds ; et si un chef vouloit leur ôter leur liberté, ils l'iroient d'abord chercher chez un autre, ou se retîreroient dans les bois pour y vivre avec leur famille. Chez ces peuples, la liberté de l'homme est si grande, qu'elle entraîne nécessairement la liberté du citoyen ' .
1. Il ne faut pas parler de citoyeiiB là où il n*y a ni cité ni État. Il ne faut point non plus parler de liberté, au sens que donnent à ce mot les peuples ciyilisés. La liberté des sauvages, c^est le droit d*errer dans les bois et les plaines, au risque d'y mourir de faim. On trouve chez eux la famille, quelquefois même la tribu; mais comparer leur indépendance à la liberté civile des peuples qui forment des États, c*est rapprocher des choses qui n*ont rien de commun. Un sauvage, qui peut tout faire, est cent fois moins libre qu*un Anglais protégé par les lois de son pays.