LIVRE XX, CHAP. XXII
peuvent être utiles que dans les États * despotiques, où personne ne peut ni ne doit avoir d'émulation.
Qu'on ne dise pas que chacun.fera mieux sa profession lorsqu'on ne pourra pas la quitter pour une autre. Je dis qu'on fera mieux sa profession, lorsque ceux qui y auront excellé espéreront de parvenir à une autre *.
L'acquisition qu'on peut faire de la noblesse à prix d'argent encourage beaucoup les négociants à se mettre en état d'y parvenir. Je n'examine pas si Ton fait bien de donner dnsi aux richesses le prix de la vertu : il y a tel gouvernement où cela peut être très-utile.
En France, cet état de la robe qui se trouve entre la grande noblesse et le peuple; qui, sans avoir le brillant de celle-là, en a tous les privilèges ; cet état qui laisse les particuliers dans la médiocrité, tandis que le corps dépositaire des lois est dans la gloire; cet état encore dans lequel on n'a de moyen de se distinguer que par la suffisance et par la vertu; profession honorable^ mais qui en laisse toujours voir une plus distinguée^ : cette noblesse toute guerrière, qui pense qu'en quelque degré de richesses
L Effectivement cela y est souvent ainsi établi. (M.)
2. Point du tout. Dès que dans un pays le caractère d*honnète hommo ne suffit pas, et quMl faut un titre pour être reçu dans les cercles, et pour ne pas y être exposé à des marques de mépris, le commerce n*y fera point fortune. Si les richesses doivent servir à passer à une autre profession, et que ce moyen soit la voie de sortir d*un état que Ton regarde comme vil, le commerce ne subsistera pas encore, parce que le commerce ne be soutient que par ceux qni sont en état de le quitter. Le négociant ne doit avoir d*autre émulation que celle d'augmenter ses fonds pour faire un plus grand négoce. H ne faut point détourner ses idées de cet objet, afin que, par l'accroissement du commerce des particuliers, TÉtat reçoive un accroissement de force et de puissance. On voit, surtout en Allemagne, les mauvais effets que produit la maxime opposée. (Ldzac.)
3. On voit que Montesquieu était d'une famille d'épée, gentilhomme de naissance, magistrat par occasion.
que l'on soit, il faut faire sa fortune; mais qu il est honteux d'augmenter son bien, si on ne commence par le dissiper ^ ; cette partie dq la nation, qui sert toujours avec le capital de son bien; qui, quand elle est ruinée, donne sa place à une autre qui servira avec son capital encore; qui va à la guerre pour que personne n'ose dire qu'elle n'y a pas été ; qui, quand elle ne peut espérer les richesses, espère les honneurs, et lorsqu'elle ne les obtient pas, se console, parce qu'elle a acquis de l'honneur * : toutes ces choses ont nécessairement contribué à la grandeur de ce royaume. Et si, depuis deux ou trois siècles, il a augmenté sans cesse sa puissance, il faut attribuer cela à la bonté de ses lois, non pas à là fortune, qui n'a pas ces sortes de constance.