‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditionsChapitre 358 sur 442 · LIVRE XXI, CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI, CHAP. VI

Pont-Euxin, étoit couvert de villes et de nations qui ne sont plus encore ^

Eratosthène ' et Aristobule tenoient de Patrocle ' que les marchandises des Indes passoient par TOxus dans la mer du Pont. Marc Varron * nous dit que Ton apprit, du temps de Pompée dans la guerre contre Mithridate, que Ton alloit en sept jours de Tlnde dans le pays des Bactriens, et au fleuve Icarus, qui se jette dans l'Oxus ; que par là les marchandises de Tlnde pouvoient traverser la mer Caspienne, entrer de là dans l'embouchure du Cyrus; que de ce fleuve il ne falloit qu'un trajet par terre de cinq jours pour aller au Phase, qui conduisoit dans le Pont-Euxin. C'est sans doute par les nations qui peuploient ces divers pays, que les grands empires des Assyriens, des Mëdes, et des Perses, avoient une communication avec les parties de l'Orient et de l'Occident les plus reculées.

Cette communication n'est plus. Tous ces pays ont été dévastés par les Tartares \ et cette nation destructrice les habite encore pour les infester. L'Oxus ne va

1. C*est-à-dire : qui ont également disparu. 3. Strabon, liv. XI. (M.)

3. L'autorité de Patrocle est considérable, comme il parolt par un nîcit de Strabon, liv. II. (M.)

4. Dans Pline, liv. VI, c. xvii. Voyez aussi Strabon, liv. XI, sur le trajet des marchandises du Phase au Cyrus. (M.)

5. Il faut que, depuis le temps de Ptolomée, qui nous décrit tant de rivières qui se jettent dans la partie orientale de la mer Caspienne, il y ait eu de grands changements dans ce pays. La carte du czar ne met de ce c6t6-làque la rivière d'Astrabat; et celle de M. Bathalsi, rien du tout. a. (M.)

• A. B. rédigent ainii cette note : De U vient que ceux qui nous ont déait ces pays depuis les Tartares, les ont entièrement défigurés. La carte de la mer Caspienne, Ciite de nos jours par les ordres du czar Pierre I*', a découvert les erreurs énormes de DOS cartes modernes sur la figure de la mer Caspienne, et elle se trouve conforme à ce que les anciens en avoient dit. Voyez Pline, liv. VI, chap. xii.

plus à la mer Caspienne : les Tartares l'ont détourné pour des raisons particulières^ ; il se perd dans des sables arides.

Le Jaxarte, qui formoit autrefois une barrière entre les nations policées et les nations barbares, a été tout de même détourné ' par les Tartares, et ne va plus jusqu'à la mer.

Séleucus Nicator forma le projet ' de joindre le Pont- Euxin à la mer Caspienne. Ce dessein, qui eût donné bien des facilités au commerce qui se faisoit dans ce temps^là, s'évanouit à sa * mort. On ne sait s'il auroit pu l'exécuter dans l'isthme qui sépare les deux mers. Ce pays est aujourd'hui très-peu connu ; il est dépeuplé et plein de forêts. Les eaux n'y manquent pas, car une infinité de rivières y descendent du mont Caucase; mais ce Caucase, qui forme le nord de l'isthme, et qui étend des espèces de bras '^ au midi, auroit été un grand obstacle, surtout dans ces temps-là, où l'on n'avoit point l'art de faire des écluses.

On pourroit croire que Séleucus vouloit faire la jonction des deux mei-s dans le lieu même où le czar Pierre I" l'a faite depuis, c'est-à-dire dans cette langue de terre où le Tanaïs s'approche du Volga ; mais le nord de la mer Caspienne n'étoit pas encore découvert.

Pendant que, dans les empires d'Asie il y ^voit uo commerce de luxe, les Tyrîens faisoient par toute la terre un commerce d'économie. Bochard ^ a employé le premier

1. Voyez la relation de Genkinson, dans leBecueil des voyages du Nord, U IV. (M.)

Page 1