‹ Œuvres complètes de Montesquieu, avec les variantes des premières éditionsChapitre 389 sur 442 · IV. SS · texte numérisé non relu

IV. SS

jours de navigation, et il fut obligé de revenir faute de vivres. Il paroit que les Carthaginois ne firent aucun usage de cette entreprise d'Hannon. Scylax * dit qu'au delà de Cerné la mer n*est pas navigable *, pai*ce qu'elle y est basse, pleine de limon et d'herbes marines : eflectivement il y en a beaucoup dans ces parages '. Les marchands carthaginois dont parle Scylax pouvoient trouver des obstacles qu'Hannon, qui avoit soixante navires de cinquante rames chacun, avoit vaincus. Les difficultés sont relatives ; et de plus, on ne doit pas confondre une entreprise qui a la hardiesse et la témérité pour objet, avec ce qui est l'effet * d'une conduite ordinaire.

C'est un beau morceau de l'antiquité que la relation d'Hannon : le même homme qui a exécuté, a écrit ; il ne met aucune ostentation dans ses récits. Les grands capitaines écrivent leurs actions avec simplicité, parce qu'ils sont plus glorieux de ce qu'ils ont fait que de ce qu'ils ont dit.

Les choses sont comme le style. Il ne donne point dans

le merveilleux : tout ce qu'il dit du climat, du terrain,

des mœurs, des manières des habitants, se rapporte à ce

qu'on voit aujourd'hui dans cette côte d'Afrique ; il semble

que c'est le journal d'un de nos navigateurs.

Hannon remarqua' sur sa flotte que le jour il régnoit

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