CHAPITRE IX
elle allait être réduite à ses murailles : elle accorda
ce droit tant désiré aux alliés qui n'avaient pas encore cessé d'être fidèles » ; et peu à peu elle l'accorda à tous.
Pour lors Rome ne fut plus cette ville dont le peuple n'avait eu qu'un même esprit , un même amour pour la liberté, une même baine pour la tyrannie, où cette jaloodie du pouvoir du sénat et des prérogatives des grands, toujours mêlée de respect , n'était qu'un amour de l'égalité. Les peu* pies d'Italie étant devenus ses citoyens, diaque ville y apporta son génie , ses intérêts particuliers , et sa dépendance de quelque grand protecteur*. La ville déchirée ne forma plus un tout ensemble; et comme on n'en était citoyen que par une espèce de fiction, qu'on n'avait plus les mêmes magistrats, les mêmes murailles, les mêmes dieux, les mêmes temples ^ les mêmes s^ultures, on ne vit plus Rome des mêmes yeui , on n'eut plus le même amour pour la patrie , et les sentiments romains ne furent plus.
Les ambitieux firent venir à Rome des villes et des nations entières pour troubler les suffrages, ou se les fiaire donner ; les assemblées furent de véritables coiyurations; on iq^pela comices une troupe de quelques séditieux ; l'autorité du peuple , ses lois, lui-même, devinrent des choses chimériques ; et l'anardiie fut telle qu'on ne put plus savoir si le peuple avait fait une ordonnance , ou s'il ne l'avait point faite 3.
On n'entend parler, dans les auteurs, que des divisions qui perdirent Rome; mais on ne voit pas que ces divisions y étaient nécessaires, qu'elles y avaient toujours été , et qu'ellesy devaient tom'ours être. Ce fut uniquement la grandeur de la république qui fit le mal , et qui changea en guerres civiles les tumultes populaires. Il fallait bien qu'il y eût à Rome des divisions : et ces guerriers si fiers, si audacieux, si terribles au dehors, ne pouvaient pas être bien modérés au dedans. Demander, dans un État libre , des gens hardis dans la guerre, et timides dans la paix, c'est vouloir des choses impossibles; et, pour règle générale, toutes les fois qu'on verra tout le monde tranquille dans un État qui se donne le nom de république, on peut être assuré que la liberté n'y est pas.
* Les Ibscans, les OmMens, les Latins. Gela porta quelques peuples à se soumettre; et comme on les lit aussi citoyens, d'autres posèrent encore les armes ; et enfin U ne resta que le s Samnites, qui talent ettermlnés.
* Qu'on s'imagine cette tète monstrueuse des pei^ta d'Italie, qui, parle suffrage de chaque homme, conduisait le reste du monde.
3 Voyez les Letirei de Cieéran à AUkuê, Uv. IV, lett. xvm.