‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 121 sur 975 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

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« fait avec les cousuls, par lequel ceux-ci s^étaient

• engagés <le les fevoriser dans la poursuite du

• consulat pour Tannée suivante; et eux, de leur

• côté, s'obligeaient de payer aux consuls quatre

• cent mille sesterces , s'ils ne leur fournissaient

• trois augures qui déclareraient qu'ils étaient pré-

• sents lorsque le peuple avait fait la loi curiate s

• quoiqu'il n'en eût point fait, et deux consulaires « qui affirmeraient qu'ils avaient assisté à la si-

• gnature du sénatus-consulle qui réglait l'état de « leurs provinces, quoiqu'il n'y en eût point eu. » Que de malhonnêtes gens dans un seul contrat 1

Outre que la religion est toujours le meilleur gâtant que l'on puisse avoir des mœurs des hommes , fl y avait ceci de particulier chez les Romains , qu'ils mêlaient quelque sentiment religieux à l'amour qu'ils avaient pour leur patrie. Cette ville, fondée sous les meilleurs auspices; ce Romulus , leur roi et kor dieu; ce Capitole, éternel comme la ville; et la viDe, ét^nelle comme son fondateur, avaient fait autrefois sur Tesprit des Romains une impression qu'il eût été à souhaiter qu'ils eussent conservée.

La grandeur de l'État fit la grandeur des fortunes particulières. Mais comme l'opulence est dans ks moeurs, et non pas dans les richesses, celles des Romains, qui ne laissaient pas d'avoir des bornes, produisirent un luxe et des profusions qui n'en avaient point *. Ceux qui avaient d'abord été corrompus par leurs richesses le furent ensuite par leur pauvreté. Avec des biens au-dessus d'une condition privée, il fut difficile d'être un bon citoyen; avec les désirs et les regrets d'une grande fortune ruinée, on fiit prêt à tous les attentats ; et , comme dit Salluste ^, on vit une génération de gens qui ne pouvaient avoir de patrimoine , ni souffrir que d'autres en eussent.

Cependant , quelle que fût la corruption de Rome , tous les malheurs ne s'y étaient pas introduits; car la force de son institution avait été telle qu'elle avait conservé une valeur héroïque, et toute son application à la guerre , au mifieu des richesses , de la mollesse et de la volupté; ce qui n'est, je crois , arrivé à aucune nation du monde.

' La loi curiate donnait la polssanoe mUitalre, et le séttatuieommêUe ré^tott les troupes , Targent , les oûiciera , que devait avoir la ^oureniear : or, les ocmsnls, pour que tout cela fût fiit à leoi fantaisie , Toolaient fabriquer une fausse loi et un fnoi 9inatm»«miuite.

* La maison que Comélie araii achetée soixante et quinze mine drachmes, IJicoUns l*acbeta, peu de temps après, deux isfllkMis cteq oent mille. (Plutarqde, F'ie de Marins.)

3 m tmeriêo dieatur gemtoê e$ae, qui née ip$i habere pot- $€nt ret/amiliareB, née alioi paH. (Fsagment de V Histoire d# S4Mu»ie, tiré du UiteétlkOitédeJHeu, Uv. D, chap. iviii.)

Les citoyens romains regardaient le commerce ^ et les arts comme des occupations d'esclaves * : ils ne les exerçaient point. S'il y eut quelques exceptions, ce ne fut que de la part de quelques affranchis qui continuaient leur première industrie; mais en général ils ne connaissaient que l'art de la guerre , qui était la seule voie pour aller aux magistratures et aux honneu]*s ^. Ainsi les vertus guerrières res*> tèrent après qu'on eut perdu toutes les autres.

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