CHAPITRE VI
De qudques insUtutions des Grecs.
Les anciens Grecs, pénétrés de la nécessité que les peuples qui vivaient sous un gouvernement populaire fbssent élevés à la vertu , firent , pour Finspirer, des institutions singulières. Quand vous voyez dans la îie de Lycurgue les lois qu'il donna aux LacédéiDoniens, vous croyez lire l'histoire des Sévarambes >. Les lois de Crète étaient Foriginal de celles de Lacédémone; et celles de Platon ea étaient la correction.
Je prie qu'on fasse un peu d'attention à l'étendue de génie qu'il fallut à ces législateurs pour voir qu'en dioquant tous les usages reçus, en confondant toutes lei vertus \ ils montreraient à l'univers leur sagesse. Lycurgue, mêlant le larcin ^ avec l'esprit de justice,
* Ce peuple de sages n*a Jamais existé qae dans rimaginafloQ de Yairasse d*Allais , gui en a tracé l*histoire fabalense. Voyei le tone V des f^oyage» imaginairtt, (P.)
* L^oteor partit avoir voula dire que les Laoédémonieiis coofaMiBitDt let ▼ertos et les viees. (D.)
^ Ons le déMHBbrement des eriines permis cbes différente MtteWfOO ne aumque pas droomprendre le larcin toléré à lanéiWione, et de faire remarquer que chez les Scythes ■tee le fol était pool oomme un des plus grands crimes. Vais peot-oo ralsonnat)lement présumer que le plus sa^e des MÉMens ait autorisé formeUement un déaordfe aussi gros> iier? Ptularque, qui rapporte cette coutume dans la vie de ifflvyw, diuis les mœurs des Laoédémoniens, et en pJuiienn autres endroUs de ses ouvrages , n*y donne jamais le JBoiiNtre signe dlmprobation , et Je ne me souviens pas qu'aueoB des andens en ait fait un crime aux Lacédémoniens ni ^ Lycurgue. IVoù peut donc être venu le Jugement peu favonMe qu>n portent souvent les modernes, si ce n*eBt de ce Villsne prennent pas la peine d*eD peser les dceonstances et
le plus dur esclavage avec l'extrême liberté, les sen* timents les plus atroces avec la plus grande modération, donna de la stabilité à sa ville. Il sembla hii ôter toutes les ressources, les arts, le commerce, l'argent, les murailles : on y a de l'ambition, sans espérance d'être mieux ; on y a les sentiments naturels , et on n'y est ni enfant, ni mari, ni père : la pudeur même est ôtée à la chasteté. C'est par ces chemins que Sparte est menéeàla grandeur età la gloire ; mais avec une telle infaillibilité de ses institutions, qu'on n'obtenait rien contre elle en gagnant des batailles , si on ne parvenait à lui ôter sa police >.
La Crète et la Laoonie fiurent gouvernées par ces lois. Lacédémone céda la dernière aux Macédoniens, et la Crète * fut la dernière proie des Romains. Les Samnites eurent ces mêmes institutions, et elle« furent pour ces Romains le sujet de vingt-quatre triom -
Cet extraordinahre que l'on voyait dans les institutions de la Grèce, nous Favons vu dans la lie et la corruption de nos temps modernes 4. Un législateur honnête homme a formé un peuple où la probité parait aussi naturelle que la bravoure chez les Spartiates. M. Penn est un véritable Lycurgue ^ ; et quoique
d*en pénétrer les motife? 1* Les Jeunes gens ne faisaient ces lardns quedans un temps marqué, par ordre de leur com. mandant et en vertu de la loi; Us ne volaient Jamais que des légumes et des vivres , oomme suppléments au peu de nourriture qu'on leur donnait exprès en très-peUte quanUté. s» Le législateur avait pour but de rendre les possesseurs plus vigilants à serrer et à garder leur bien ; d'inspirer aux Jeunes gens, tous destinés à la guerre, plus de hardiesse et plus d'adresse; et surtout de leur apprendre à vivre de peu, à pourvoir eux-mêmes à leur subsistance, à supporter la fatigue , et à se maintenir longtemps , sans approvisionnements , dans des terres oO l'ennemi , accoutumé à l'abondance , mourait de faim dès les premiers Jours , et , faute de vivres , abandonnait un pays où les Lacédémoniens trouvaient sans pdne de quoi subsister. (Rollin, Traité de$ Étude», t III, troisième partie.) — Toserai dire qu'il n'y a point de larcin dans une ville où l'on n'avait nulle propriété, pas même celle de sa femme. Le larcin était le châtiment de ce qu'un appelle le personnel , Tégolsme. On voulait qu'un enfant pût dérober ce qu'un SpiurUate s'appropriait; mais U fallait que cet enfant fût adroit; s'il prenait grossièrement, il était puni : c'est une éducation de Bohème. Au reste, nous n'avons point les règlements de police de Laoédémona; nous n'en avons d'idée que par quelques lambeaux de Plutarque, qui vivait longtemps après Lycurgue. (Volt.)
' philopœmen contraignit les Lacédémoniens d'abandonner la manière de nourrir leurs enfants, sachant bien que, sans cela, ils auraient toujours une Ame grande et le coeur haut (Plut. Fie de Philopœmen, Voyex Titb-Live , Uv. XXXVIH.)
* Elle défendit pendant trois ans ses lois et sa liberté. (Voyez les llv. XCVm, XCIX et C de TIte-LIve, dans V Épitome de Florus.) Elle fit plus de résistance que les plus grands rob.
3 Floeos, liv I , cbap. xvi.
4 Infoce SamuH, Cicbbon.
5 Je ne sais rien de plus contraire à Lycurgue (pi'an légtelateor et un pwipie qià ont toute goerre en bonëur* H Uk
DE L'ESPRIT DES LOIS
le premier ait eu la paix pour objet, comme Fautre a eu la guerre, ils se ressemblent dans la voie singulière où ils ont mis leur peuple , dans l'ascendant qu'ils ont eu sur des hommes libres, dans les préjugés qu'ils ont vaincus, dans les passions qu'ils ont soumises.
Le Paraguay peut nous fournir un autre exemple. On a voulu en faire un crime à la société, qui regsurde le plaisir de commander comme le seul bien de la vie ; mais il sera toujours beau de gouverner les honunes en les rendant heureux ^
Il est glorieux pour elle d'avoir été la première qui ait montré dans ces contrées l'idée de la religion jointe à celle de l'humanité. En réparant les dévastations des Espagnols, elle a commencé à guérir une des grandes plaies qu'ait encore reçues le genre humain.
Un sentiment exquis qu'a cette société pour tout ce qu'elle appelle honneuTy son zèle pour une religion qui humilie bien plus ceux qui ï'écoutent que ceux qui la prêchent, lui ont fait entreprendre de grandes choses; et elle y a réussi. Elle a retiré des bois des peuples dispersés; elle leur a donné une subsistance assurée ; elle les a vêtus : et , quand elle n'aurait fiûiit par là qu'augmenter l'industrie parmi les honunes , elle aurait beaucoup fait.
Ceux qui voudront faire des institutions pareilles établiront la communauté de biens de la république dePlaton, ce respect qu'il demandait pour les dieux, cette séparation d'avec les étrangers pour la conservation des mœurs , et la cité faisant le commerce et non pas les citoyens : ils donneront nos arts sans notre luxe , et nos besoins sans nos désirs.
Ils proscriront l'argent, dont l'effet est de grossir la fortune des hommes au-delà des bornes que la nature y avait mises, d'apprendre à conserver inutilement ce qu'on avait amassé de même , de multiplier à l'infini les désirs , et de suppléer à la nature , qui nous avait donné des moyens très-bornés d'irriter nos passions ^ et de nous corrompre les uns les autres.
« Les Ëpidanmiens *, sentant leurs mœurs se
des Toeox ardenU pour que Londres ne force point les bona Pensylvanleni à devenir aossl méchants que nous et que les anciens Laoôdémoniens, qni firent le malheur de la Grèce. (Volt.)
' Les Indiens du Paraguay ne dépendent point d*nn seigneur particulier, ne payent qu^un duquième des tributs, et ont des armes à feu pour se défendre. — Tous les tributs que les Indiens du Paraguay payent an roi d'Espagne ne consistent que dans une impositioo annudie, par forme de oapitaUon, à raison de trois Uvres par chaque chef de famUle. (D.)
* PiATABQpE, Demandé des chù9e$ greequeê. — Les Épldannkot étaient tes haMtaaU de DyrracUum, aiUonrd^hui
« corrompre par leur conununfeation avec les bar^ « bares, élurent un magistrat pour faire tous les « marchés au nom de la dté et pour la cité *. » Pour lors, le commerce ne corrompt pas la constitution, et la constitution ne prive pas la société des avantages du conunerce *.