‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 196 sur 975 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

De reicelleaoe du gouvernerneBl meuifcfaiqne.

Le gouvernement monarchique a un grand avantage sur le despotique^. Comme il est de sa nature qu'il y aitsous le prince plusieurs ordres qui tiennent à la constitution, l'Ëtat est plus fixe, la constitution plus inébranlable, la personne de ceux qui gouvernent plus assurée.

Cicéron 4 croit que l'établissement des tribuns de Rome fut le salut de la république. « En effet, « dit-il, la force du peuple qui n'a point de chef « est plus terrible. Un chef sent que l'aCCaire roule « sur lui, il y pense; mais le peuple, dans son im- « pétuosité , ne connaît point le péril où il se jette. » On peut appliquer cette réflexion à un État despotique qui est un peiqple sans tribuns ; et à une monarchie où le peuple a en quelque façon des tribuns.

En effet, on voit partout que, dans les mouvements du gouvernement despotique, le peuple, mené par kn-même, porte toujoui^ les choses aussi loiii qu'eUes peuvent aller; tous les désordres qu'il

* Testament poUHqtu,

> Barbara cunctaHo iervUù; ttaUm extqui rtgium vid^tnr. (TAOts, Annat. llv. V, g 3S.) ] n y ft flasde lunlèrei et plos de iiMeurt. (H.) A livre ra des Xow,

commet sont extrêmes; au lieu que, dans les monarchies, les choses sont très-rarement portées à l'excès. Les chefii craignent pour eux-mêmes; ils ont peur d'être abandonnés; les puissances hit^rmédiaires dépendantes > ne veulent pas que le peuple prenne trop le dessus. H est rare que les ordres de l'État soient entikement corrompus. Le prince tient à ces ordres; et les séditieux, qui n'ont ni la volonté ni l'espérance de renverser l'État , ne peuvent ni ne veulent renverser le prince.

Dans ces circonstances, les gens qui ont de la sagesse et de l'autorité s'entremettent; on prend des tempéraments, on s'arrange , on se corrige, les kMS reprennent leur vigueur et se font écouter.

Aussi toutes nos histoires sont-efles pleines de guerres civiles sms révoHitions ; cdies des États despotiques sont pleines de révohoitions sans guerres civiles.

Ceux qui ont écrit rhistoire des guerres civiles de quelques États , ceux mêmes qui les ont fomentées , prouvent assez combien l'autorité que les princes laissent à de certains ordres pour leur service leur doit être peu suspecte, puisque, <bns l'égarement même, ils ne soupiraient qu'après les lois et leur devoir, et retardaient la fougue et Timpétuosité des factieux phis qu'ils ne pouvaient la servir*.

Le cardinal de Richelieu, pensant peut-toe qu'il avait trop avili les ordres de FÉtat , a recours , pour le soutenir, aux vertus du prince et de ses minis* très 3; et il exige d'eux tant de choses, qu'en vérité il n'y a qu'un ange qui puisse avoir tant d'attention, tant de lumières , tant de fermeté , tant de oonnaia* sauces ; et on peut à peine se flatter que d*ld à la dissolution des monardiies , il puisse y avoir un prince et des ministres pareils.

Comme les peuples qui vivent sous une bodne police sont plus heureux que ceux qui, sans règle et sans chefs , errent dans les forêts ; aussi les monarques qui vivent sous les lois fondamentales de leur État sont-ilsplus heureux quelesprincesdespotiques qui n'ont rien qui puisse régler le cœur de leurs peuples, ni le leur.

* Voyez d-demu U première note da liv. n, ohap. nr.

* Mémoires du cardinal dt Retz, et aoUeB hlftoiiei. 3 Testament politique.

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