‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 259 sur 975 · CHAPITRE Xm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xm

Effet du sermeot chez un peuple vertueux.

Il n'y a point eu de peuple , dit Tite-Live s où la dissolution se soit plus tard introduite que chez les Romains , et où la modération et la pauvreté aient été plus longtemps honorées.

Le serment eut tant de force chez ce peuple que rien ne l'attacha plus aux lois. Il fit bien des fois pour l'observer ce qu'il n'aurait jamais Ml pour la gloire ni pour la patrie.

QuintiusCincinnatus, consul, ayant voulu lever une armée dans la ville contre les Èques et les Volsques, les tribuns s'y opposèrent. « Eh bien ! dit-il , « que tous ceux qui ont fait serment au consul de « l'année précédente marchent sous mes ensei- « gnes >. « En vain les tribuns s'écrièrent-ils qu'on n'était plus lié par ce serment ; que , quand on l'avait fait, Quintius était un honmie privé : le peuple fut phis rdigîeux que ceux qui se mêlaient de le conduire; ï\ n'écouta ni les distinctions ni les interprétations des tribuns.

Lorsque le même peuple vouhit se retirer sur le Mont-Sacré, il se sentit retenir par le serment qu'il avait fait aux consuls de les suivre à la guerre^. Il forma le dessein de les tuer : on lui fit entendre que

« Uv. I.

> TrrB-LiVE, Uv. m. — Cindnnatus était subtUtué en la place du consul P. Yalerius , qui avait été tué au oonunenoement de Tannée; et ce sont les soldats de Valerius quii rap* peUeau drapeau, nen avaitle droit, puisqueces soldats étaient enrôlés pour toute la campagne. (Crév.)

5Trns-uv«,Uv. II. .

D£ L'ESPRIT DES LQI&

le termeot n'en fubsisterait pas moins. On peat juger de ridée qu'il arait de la violation du serment , par le crime qu'il voulait commettre.

Après la bataille de Cannes, le peuple effrayé > voulut se retirer en Sicile ; Scipion > lui fit jurer qu'il resterait à Rome : la crainte de violer leur serment surmonta toute autre crainte. Rome était un vaisseau tenu par deux ancres dans la tempête : la religion et les moeurs.

Page 1