‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 271 sur 975 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Autres choses requises dans la république fôdérative.

Dans la république de Hollande, une province ne peut faire une alliance sans le consentement des antres. Cette loi est très-bonne, et même nécessaire dans la république fédérative. Elle manque dans la constitution germanique, où elle préviendrait les malheurs qui j peuvent arriver à tous les membres, par l'imprudence, l'ambition ou l'avarice d'un sm\. Une république qui s'est unie par une confédération politique s'est donnée entière , et n'a plus rien è donner.

n est diflkile que les États qui s'associent soient de même grandeur, et aient une puissance égaie. La république des Lydens* était une association de vingt-trois villes : les grandes avaient trois voix dans le conseil oommun; les médiocres, deux; les petites, une. La république de Hollande est composée de sept provinces, grandes ou petites, qui ont chacune une voix.

Les villes de Lycie • payaient les diarges sdon la proportion des suffrages. Les provinces de Hollande ne peuvent suivre cette proportion : il faut qu'elles suivent celle de leur puissance.

En Lycie 3, les juges et les magistrats des villes étaient élus par le conseil commun, et selon la pro-

■ 9nuB0ii, Ut. XIT.

* Ibid.

portion que nous avons dite. Dans la république de Hollande, ils ne sont point élus par le conseil commun, et diaque ville nomme ses magistrats. S'il follait donner un modèle dHme belle république fédérative , Je prendrais la r^mblique de Lycie.

Comment les États despotiqQes pourvoieBl à leur sùrelé.

Conune les républiques pourvoient à leur sûreté en s'unissant , les États despotiques le font en se séparant, et en se tenant, pour ainsi dire, seuls. Ils sacrifient une partie du pays , ravagent les frontières, et les rendent désertes : le corps de l'empire devient inaccessible.

U est reçu en géométrie que, plus les corps ont d'étendue, plus leur circonférence est relativement petite. Cette pratique de dévaster les frontières est donc plus tolérable dans les grands États. que dans les médiocres.

Cet État fait contre lui-même tout le mal que poun^ait foire un cruel ennemi , mais un ennemi qu'on ne pourrait arrêter.

L'État despotique se conserve par une autre sorte de séparation, qui se fait en mettant les provinces éloignées entre les mains d'un prince qui en soit feudataire. Le Mogol, la Perse, les empereurs de la Chine, ont leurs feudataires; et les Tmrcs se sont très-bien trouvés d'avoir mis entre leurs ennemis et eux les Tartares, les Moldaves, les Valaques, et autrefois les Transilvains.

CHAPrrRE V.

Comment la monarchie pourvoit à sa sùrelé.

La monarchie ne se détruit pas elle-même comme l'État despotique ; mais un État d'une grandeur médiocre pourrait être 'd'abord envahi. Elle a donc des places fortes qui défendent ses frontières, et des armées pour défendre ses places fortes. Le plus petit terrain s'y dispute avec art, avec courage, avec opiniâtreté. Les États despotiques font entre eux des invasions : il n'y a que les monarchies qui fassent la guerre.

Les places fortes appartiennent aux monarchies; les États despotiques craignent d'en avoir. Ûs n'osent les confier à personne , car personne n'y aime TÉtat et le prince.

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