CHAPITRE K
D'ime monarchie qui conquiart autour d'dle.
Si une monardiie peut agir longtemps avant que l'agrandissement l'ait affaiblie, elle deviendra redoutable, et sa force durera tout autant qu'elle sera pressée par les monarchies voisines.
Elle ne doit donc conquérir que pendant qu'elle reste dans les limites naturelles à son gouvernement. La prudence veut qu'elle s'arrête sitôt qu'elle passe ces limites.
Il faut dans cette sorte de conquête laisser les choses comme on les a trouvées; les mêmes tribunaux, les mêmes lois, les mêmes coutumes, les mêmes privilèges : rien ne doit être changé que l'armée et le nom du souverain.
Lorsque la monarchie a étendu ses limites par la conquête de quelques provinces voisines, il faut qu'elle les traite avec une grande douceur.
> Du 18 octobre 1736, imprimé à Gènes, chez Franchelli. FùHamo al nostro ffeneral-govemalon in deUa iêola di condarmare in owenire $oiamentê ex informata oonMientia penona alcuna nazUmale in pena txJfiUtiva, Potrà hen si far arrestare ed tnearcerare le penone che gli saranne sotpeUe; $alvo di renderne pot à noi soUeciUmente, (Article 6.)
DE L'ESPRIT DES LOIS
Bans une monarchie qui a travaillé longtemps I à conquérir, les provinces de son ancien domaine seront ordinairement très-foulées. Elles ont à souffrir les nouveaux abus et les anciens ; et souvent une vaste capitale , qui engloutit tout , les dépeuple. Or, si après avoir conquis autour de ce domaine on traitait les peuples vaincus comme on fait ses anciens sujets , TÉtat serait perdu : ce que les provinces conquises enverraient de tributs à la capitale ne leur reviendrait plus ; les frontières seraient ruinées, et par conséquent plus faibles; les peuples en seraient mal affectionnés; la subsistance des armées qui doivent y rester et agir serait plus précaire.
, Tel est Tétat nécessaire d'une monarchie conquérante : un luxe affreux dans la capitale , la misère dans les provinces qui s'en éloignent , Fabondance aux extrémités. 11 en est comme de notre planète : le feu est au centre; la verdure à la surface; une terre aride, froide et stérile entre les deux.
CHAPTFRE X.
D'une monarchie qui conquiert une -autre monarchie.
Quelquefois une monarchie en conquiert une autre. Plus celle-ci sera petite, mieux on la contiendra par des forteresses; plus elle sera grande, mieux on la conservera pas des colonies.