‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 374 sur 975 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Des lois qui ont du rapport aux maladies du cKmat.

Hérodote 4 nous dit que les lois des Juife sur la lèpre ont été tirées de la pratique des Égyptiens. En effet, les mêmes maladies demandaient les mêmes remèdes. Ces lois furent inconnues aux Grecs et aux premiers Romains, aussi bien que le mal.

* Cela se volt dans les HoUentois et les peuples de la pointe du Chili , qui sont plus près du sud.

> Comme fit Pittacus, selon Aristote, PoliHq. liv. U, ch. m n vivait dans on climat où rivrognerie n^est pas un vice denaUon.

3 On a remarqué avec raison que plus Tbomme est civilisé , moins il est dépendant des besoins purement physiques, et par conséquent de Vinflueooe du climat (P.)

4 Uv. n.

Le climat de l'Egypte et de la Palestine les rendit nécessaires ; et la facilité qu'a cette maladie à se rendre populaire nous doit bien faire sentir la sagesse et la prévoyance de ces lois.

Nous en avons nous-mêmes éprouvé les effets. Les croisades nous avaient apporté la lèpre : les règlements sages que Ton fit l'empêchèrent de gagner la masse du peuple.

On voit, par la loi des Lombards', que cette maladie était répandue en Italie avant les croisades , et mérita l'attention des législateurs. Rotharis ordonna qu'un lépreux , chassé de sa maison , et relégué dans un endroit particulier, ne pourrait diqx>ser de ses biens, parce que, dès le moment qu'il avait été tiré de sa maison , il était censé mort. Pour empêcher toute communication avec les lépreux , on les rendait incapables des effets civils.

Je pense que cette maladie fut apportée en Italie par lés conquêtes des empereurs grecs , dans les armées desquels il pouvait y avoir des milices de la Palçstine ou de l'Egypte. Quoi qu'il en soit, les progrès an furent arrêtés jusqu'au temps des croisades.

On dit que les soldats de Pompée , revenant de Syrie , rapportèrent une maladie à peu près pareille à la lèpre. Aucun règlement fait pour lors n'est venu jusqu'à nous, mais II y a apparence qu'il y en eut, puisque ce mal fut suspendu jusqu'au temps des Lombards.

U y a deux siècles* qu'une maladie , Inconnue à nos pères , passa du nouveau monde dans celui-ci , et vint attaquer la nature humaine jusque dans la source de la vie et des plaisirs. On rit la plupart des plus grandes familles du midi de l'Europe pé^ rir par un mal qui devint tn^ commun pour être honteiu, et ne fut plus que funeste. Ce frit la soif de l'or qui perpétua cette maladie: on alla sans cesse en Amérique, et on en rapporta toujours de nouveaux levains.

Des raisons pieuses voulurent demander qu'on laissât cette punition sur le crime; mais cette calamité était entrée dans le sein du mariage , et avait déjà corrompu l'enfance même.

> Uv. II, ut I, S 3; et ut xvni , g i.

* Cette honteuse maladie a une origine plus ancienne : on en a remarqué tous les symptômes dans celle de loh; on eo volt du moins les avant-coureurs dans le quinzième chapitre du LévÙique; mais die n*a pas toi^ours été connue sous le même nom : c*était, dans Loden , la maladie de Leshot; dans Horace, ceUe de Campanle; dans Aosom, le luxe de Rote; et si nous l'avons iqipelée le mal de Naples, lltaUe Ta «pfxs lée le mal français. Il est probable que les EspagnoU Pavaient portée en Amérique, d*où ils la rapporterait. {L*Btprit4e$ loti ipâint/euencéts, lettre xv.) (P.)

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