‹ Œuvres complètes de MontesquieuChapitre 378 sur 975 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Autres eCCeU da climat

Nos pères , les anciens Germains , habitaient un climat où les passions étaient très-calmes. Leurs lois ne trouvaient dans les choses que ce qu'elles voyaient, et n'imaginaient rien de plus; et, comme elles jugeaient des insultes faites aux hommes par la grandeur des blessures, elles ne mettaient pas plus de raffinemeat dans les <^enses faites aux femmes. La loi des Allemands * est là-dessus fort singulière.

* lepreodsioleemotpoiirledeMeIn de reoYener le pouvoir étabU , et aurtoat la démperaUe. Ceit la lignUicattoD que kii âonnaient les Grecs et les Romains.

* Cbap. LTui,9 i et 2.

Si l'en découvre une femme à la tête , on payera une an^ende de six sous; autant si c'est à la jambe jusqu'au genou; le double depuis le genou. Il semble que la loi mesurait la grandeur des outrages faits à la personne des femmes comme on mesure une figure de géométrie; elle ne punissait point le crime de l'imagination, elle punissait celui des yeux. Mais lorsqu'une nation germanique se fut transportée en Espagne , le clinaat trouva bien d'autres lois. La loi des Wisigoths défendit aux médecins de saigner une femme ingénue qu'en présence de son père ou de sa mère, de son frère, de son fils ou de son oncle. L'imagination des peuples s'alluma, celle des législateurs s'échauffa de même, la loi soupçonna tout pour ua peuple qui pouvait tout soupçonner. Ces lois eurent donc une extrême attention sur les deux sexes. Mais il semble que, dans les punitions qu'elles firent , elles songèrent plus à flatter la vengeance particulière qu'à exercer la vengeance publique. Ainsi, dans la plupart des cas, elles réduisaient les deux coupables dans la servitude des parents ou du mari offensé. Une femme ingénue ' qui s'était livrée à un homme marié était remise dûis la puissance de sa femme, pour en disposer à sa volonté. Elles obligeaient les esclaves * de lier et de présenter au mari sa femme qu'ils surprenaient ea adultère; elles permettaient à ses enfants ^ de Faocuser et de mettre à la question ses esclaves pour la convaincre. Aussi furent-elles plus propres à raffiner à l'excès un certain point d'honneur qu'à former une bonne police. Et il ne faut pas être étonné si le comte Julien crut qu'un outrage de cette espèce demandait la perte de sa patrie et de son roi. On ne doit pas être surpris si les Maives, avec ime telle conformité de mœurs , trouvèrent tant de tacilité à s'établir en Espagne, à s'y maintenir, et à retarder la chute de leur empire.

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