CHAPITRE I
Comment la nature du terrain influe sur les lois.
La bonté des terres d'un pays y établit naturellement la dépendance. Les gens de la campagne , qui 7 font la principale partie du peuple , ne sont pas si jakmx de leur liberté : ils sont trop occupés , et trop pleins de leurs affaires particulières '. Une campagne qui regorge de biens craint le pillage, die craint une armée. « Qui est-ce qui forme « le bon parti ? disait Cicéron à Atticus *. Serontn ce les gens de commerce et de la campagne ? à « moins que nous n'imaginions qu'ils sont opposés n à la monarchie, eux à qui tous les gouverne- « ments sont égaux , dès lors qu'ils sont tran- « quilles. »
f Ainsi le gouvernement d'un seul se trouve plus > souvent dans les pays fertiles , et le gouvernement I de plusieurs dans les pays qui ne le sont pas : ce . qui est quelquefois un dédommagement.
i La stérilité du terrain de l'Attique ^ y établit le gouvernement populaire , et la fertilité de celui de Lacédéraone , le gouvernement aristocratique. Car, dans ces temps-là, on ne voulait point dans la Grèce du gouvernement d'un seul : or, le gouvernement aristocratique a plus de rapport avec le gouvernement d'un seul.
Plutarque ^ nous dit « que la sédition Cilonienne
' «( L*bumble fortunederhomme des champs ne lut permet pas de rester oisif , et ne hil laisse guère le tempe d*assi&ter fréquemment à des assemblées. Forcé de se procurer le nécessaire, Il est tout à sa cbose,, et ne veut point de distractions étrangères. U préfère ses travaux champébres au plaisir de commander et de gouverner ; et si les emplois ne sont pas trèslucrailfe, il aime mieux le profit que Thonneur. » (Ajiistote, PoUtiq. llv. VI, chap. ir.)
' Uv. VU.
3 Nous tirons encore aujourd'hui d'Athènes esclave du coton, de la soie, du riz, du blé, de Thuile, des cuirs ; et du pays de Laoédémone, rien. Athènes était vingt fois phis riche que Lacédémone. A regard de la bonté du sol , il faut y avoir été pour Tapprécier. Mais jamais on n'attribua la forme d'un gouvernement au plus ou moiDÈ de fertilité d'un terrain. Venise avait très-peu de blé quand les nobles gouvernèrent Gènes n'a pas assurément un sol fertile , et c'est une aristocraUe. Genève tient plus de l'état populaire , et n'a pas de son crû de quoi se nourrir quinze jours. La Suède pauvre a été longtepips sous le joug de la monarchie, tandis que la Pologne fertile Ait une arIfttocraUe. Je ne conçois pas comment on peut ainsi établir de prétendues règles continueUement démenties par l'expérience. (Volt.)
4 Vie de Solon.
« ayant été apaisée à Athènes, la ville retomba « dans ses anciennes dissensions, et se divisa en A autant de partis qu'il y avait de sortes de terri- « toires dans le pays de FAttique. Les gens de la <t montagne voulaieitf à tonte force le gouveme-
« ment populaire; ceux de la plaine demandaient le « gouvernement des principaux; ceux qui étaient « près de la mer étaient poiur un gouvernement « mêlé des deux. »