CHAPITRE m
Quels sont les pays les plus cultivés.
Les pays ne sont pas ctiltivés en raison de leur fertilité, mais en raison de leur liberté; et, si Ponj divise la terre par la pensée, on sera étonné de .
voir la plupart du temps des déserts dans ses par- ;
' On pourrait alléguer une autre raison de oe que les gouvernements modérés paraissent plus affectés aux pajrs stériles, et les despotiques aux pays fertiles. Lorsque le terroir fournil une subsistance aisée , on j)eut en quelque sorte sévir Impunément contre les habitants, parce qu*il n*y a pas |iea de craindre qu'ils déserteront le pays pour aller dans un antre: la bonté du terroir balance, en ce cas, la dureté du gouvernement; et cVist avec raison que Montesqul^ a dtt, au chap. VI : « Les pays que Tindustrie des hommes arendus habitables, et qui ont besoin pour exister de la même industrie, appel|nl à eux le gouvernement modéré. » {Edit, anon* dfi nuL)
LivEE xvm,
tiet les plus £ertik8 , et de grands peuples dans celles où le terrain semble refuser tout.
Il est naturel qu*un peuple quitte un mauvais pays pour en chercher un meilleur, et non pas qu'il quitte un bon pays pour en chercher un pire. La plupart des invasions se font donc dans les pays que la nature avait faits pour être heureux; et, comme rien n'est plus près de la dévastation que rinvasion , les meilleurs pays sont le phis souvent dépeuplés, tandis que l'a^ux pays du nord reste toujours habité, par la raison qu'il est presque inhiî)itable.
On voit, par ce que les historiens nous disent du passage des peuples de la Scandinavie sur les bords du Danube, que ce n'était point une conquête, mais seulement une transmigration dans des terres désertes.
Ces climats heureux avaient donc été dépeuplés par d'autres transmigrations , et nous ne savons pas les choses tragiques qui s'y sont passées.
« n paratt par plusieurs monuments, dit Aris- « tote *, que la Ssô'daigne est une colonie grecque. « Elle était autrefois très-riche; et Arîstée, dont « on a tant vanté l'amour pour l'agriculture, lui « donna des lois. Mais elle a bien déchu depuis, « car les Carthaginois s'en étant rendus les mat'^ « très , ils y détruisirent tout ce qui pouvait la « rendre propre à la nourriture des hommes, et « défendirent sous peioede la vie, d'y cultiver la « terre. » La Sardaigne n'était point rétablie du temps d'Aristote; elle ne l'est point encore atyourd'hui.
Les parties les plus tempérées de la Perse, de la Turquie, de la Moscovie et de la Pologne, n'ont pu se rétablir des dévastations des grands et des petits Tartares.